{"id":106,"date":"2013-11-11T12:12:20","date_gmt":"2013-11-11T11:12:20","guid":{"rendered":"http:\/\/xavier.boutotcom.com\/?p=106"},"modified":"2013-11-11T23:25:10","modified_gmt":"2013-11-11T22:25:10","slug":"lucien-albert-notes-de-la-guerre-septembre-1915-mai-1916","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/xavier.boutotcom.com\/?p=106","title":{"rendered":"Lucien Albert: Notes de la guerre | septembre 1915 \u2013 mai 1916"},"content":{"rendered":"<p><strong>SEPTEMBRE 1916<\/strong><\/p>\n<p>Dimanche 12. Ma permission est termin\u00e9e. A 0 h 04 minutes, j\u2019embrassais pour une nouvelle date ind\u00e9termin\u00e9e mon oncle Vedrennes, L\u00e9a, Marie, Romain, venus m\u2019accompagner jusqu\u2019au train qui me conduisait aussit\u00f4t vers Paris.<br \/>\nJ\u2019ai comme compagnon de route M. Chambon satisfait de sa journ\u00e9e et Moinac, peintre, qui vient passer une journ\u00e9e \u00e0 Paris, avant de rejoindre les brancardiers de corps du 12e o\u00f9 il est affect\u00e9.<br \/>\nA 2 h du matin, nous sommes \u00e0 Limoges, \u00e0 3 h , Saint Sulpice \u2013 Lauri\u00e8re o\u00f9 M. Chambon me quitte pour rejoindre Vieilleville o\u00f9 il habite. Le temps est frais, il y a du brouillard.<br \/>\nJe m\u2019endors aussit\u00f4t et m\u2019\u00e9veille aux Aubrais. A 7 h \u00bd nous arrivons \u00e0 Austerlitz. Quelle douce \u00e9motion j\u2019\u00e9prouve en me revoyant dans cette gare o\u00f9 j\u2019arrivais pour la premi\u00e8re fois en 1905\u202610 ans !\u2026<br \/>\nA la sortie, je prends un taxi qui, par le boulevard Beaumarchais, boulevard du Temple, place de la Bastille, place de la R\u00e9publique, etc., me pose gare du Nord, o\u00f9 je retrouve Delombre et Grelon, brancardiers \u00e0 la 9e batterie.<br \/>\nNous d\u00e9jeunons aux environs de la gare, et j\u2019adresse, en souvenir de ces quelques heures \u00e0 Paris qui me rappellent de si bons moments, des cartes \u00e0 Jeanne, \u00e0 Vedrennes, \u00e0 Antonin.<br \/>\nA 9 h, d\u00e9part de la gare du Nord, nous voyageons en compagnie de soldats belges qui sont comme nous depuis le d\u00e9but de la guerre. Ils viennent de passer leur permission \u00e0 Paris. A 11 h nous arrivons \u00e0 Saint Just en Chauss\u00e9e ( gare de rassemblement qui doit nous remettre \u00e0 la disposition de notre corps), 1 h avant le train des permissionnaires partis 24 h avant le mien ( arriv\u00e9 jusqu\u2019ici \u00e0 mes frais) de Brive.<br \/>\nNous faisons un bon d\u00e9jeuner sous le hall de la gare (Delombre, Grelon, Boutet ), et j\u2019\u00e9cris quelques cartes.<br \/>\nA 3 h \u00bd du soir, d\u00e9part de tous les permissionnaires du Corps arriv\u00e9s depuis le matin de toutes les directions pour leurs gares de ravitaillement.<br \/>\nApr\u00e8s avoir pass\u00e9 Amiens, o\u00f9 nous nous ravitaillons en vins, Abbeville, etc., nous sommes le<\/p>\n<p>Lundi 13. A 3 h du matin \u00e0 Savy-Berlette o\u00f9 nous descendons apr\u00e8s un bon sommeil, nous cherchons un wagon de marchandises sur une voie gar\u00e9e, dans lequel nous le compl\u00e9tons ( le sommeil ndx ) jusqu\u2019\u00e0 7 h du matin\u2026<br \/>\nLe soleil est lev\u00e9 ! Nous d\u00e9jeunons avec Conchet et Bonnenfant en face de la gare. A 9 h \u00bd nous arr\u00eatons une auto qui veut bien nous conduire presque au cantonnement o\u00f9 nous sommes vers 1 h du soir.<br \/>\nL\u00e0, je trouve tous les amis occup\u00e9s au d\u00e9m\u00e9nagement ; Ne pouvant plus dormir sous la tente \u00e0 cause de la fra\u00eecheur du marais, nous allons habiter des granges \u00e0 la Ross\u00e9e, groupe de maisons \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019Agn\u00e8s les Duisans ( 150 m environ )<br \/>\nD\u00e8s mon arriv\u00e9e, j\u2019ai rencontr\u00e9 le fils Lamothe ( Bretenoux ) arriv\u00e9 durant ma permission. ( 1ere batterie ) et l\u2019on pr\u00e9vient Audoin qui est \u00e0 la batterie de tir. A 4 h il est tout heureux de pouvoir aller faire ce que j\u2019arrive de faire.<br \/>\nA 4 h \u00bd, avec Clerfeuille, Audoin, Chaussart, Chanat, Escurat, nous go\u00fbtons un bon poulet Briviste et terminons un copieux repas par un \u2018canard carabin\u00e9\u2019\u2026<br \/>\nA 6 h \u00bd, Gaston monte aux pi\u00e8ces remplacer Louis. Comme personne ne m\u2019a remplac\u00e9 durant mes vacances, je n\u2019aurai pas demain \u00e0 monter au poste. Je reste donc \u00e0 l\u2019\u00e9chelon jusqu\u2019au 21 Octobre.<br \/>\nA 8 h, le lieutenant Nicoleau me commande d\u2019aller le lendemain \u00e0 Fr\u00e9vent chercher en voiture le lieutenant Barbier qui lui aussi arrive de permission.<\/p>\n<p>Mardi 14. R\u00e9veil 3 h \u00bd. D\u00e9part vers 5 h , arriv\u00e9e \u00e0 le Courroy 7 h \u00bd o\u00f9 je surprend Antonin\u2026 Il \u00e9tait loin de m\u2019attendre ce jour et \u00e0 cette heure. Nous causons pays, nous d\u00e9jeunons, et en voiture pour aller d\u00e9jeuner ensemble \u00e0 Fr\u00e9vent o\u00f9 nous arrivons \u00e0 10 h.<br \/>\nNous faisons quelques emplettes, une visite au marchand de fers de la ville, et \u00e0 11 h nous \u00e9tions install\u00e9s face \u00e0 face devant une table bien servie o\u00f9 durant 2 h nous faisons bonne ch\u00e8re, et je lui raconte en d\u00e9tails l\u2019emploi de mon temps au pays.<br \/>\nNous nous quittons \u00e0 2 h \u00bd du soir. A 3 h \u00bd arrive le Lieutenant. En route aussit\u00f4t pour le cantonnement o\u00f9 nous sommes \u00e0 7 h \u00bd du soir.<br \/>\nQuelle bonne journ\u00e9e ! Combien j\u2019\u00e9tais heureux ! Malheureusement, triste vie ! C\u2019est toujours cette maudite guerre\u2026 Un soldat du 126e est venu m\u2019annoncer la mort de notre d\u00e9vou\u00e9 employ\u00e9 Eug\u00e8ne Breuil, sergent \u00e0 la 8e compagnie, tu\u00e9 depuis le matin dans sa tranch\u00e9e par les \u00e9clats d\u2019un obus tomb\u00e9 \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. Pauvre Eug\u00e8ne, apr\u00e8s 13 mois de guerre !\u2026 Pauvre m\u00e8re !\u2026<\/p>\n<p>Mercredi 15 \u00e0 Samedi 18. J\u2019\u00e9cris\u2026 Pr\u00e9paration de la Grande Attaque ! Obus de toutes sortes.<\/p>\n<p>Dimanche 19. La veille, j\u2019avais rencontr\u00e9 Meynard de Brive, sergent au 126e, descendu au repos \u00e0 Agn\u00e8s les Duisans. Je le prie d\u2019accepter \u00e0 d\u00e9jeuner avec moi et de conduire Ribes qui est avec lui sergent \u00e0 la 8e.<br \/>\nA 11 h ils arrivent ensemble ainsi que Fran\u00e7ois Peyrebrune que j\u2019avais fait pr\u00e9venir depuis 3 jours. Nous faisons ensemble un excellent repas durant lequel nous mangeons le 2e poulet Briviste et finissons la bouteille de Cognac. Chanat est des n\u00f4tres.<br \/>\nA 2 h \u00bd chacun se s\u00e9pare et j\u2019accompagne Fran\u00e7ois sur sa route. L\u2019apr\u00e8s midi, repos.<\/p>\n<p>Lundi 20. Pr\u00e9paration de l\u2019attaque par des tirs continus de l\u2019artillerie. Je pr\u00e9pare mes affaires.<br \/>\nJ\u2019\u00e9cris, et le soir je vais d\u00eener avec mes invit\u00e9s de la veille Meynard et Ribes. Toute la soir\u00e9e nous causons de \u2026 l\u2019attaque.<\/p>\n<p>Mardi 21. La pr\u00e9paration par l\u2019artillerie continue. Les fantassins se lestent, laissant \u00e0 l\u2019arri\u00e8re des paquets individuels contenant le surplus du strict n\u00e9cessaire.<br \/>\nA 2 h avec Martial, Meynard, le fils Paulhiac, Labatie sergent et moi, nous allons \u00e0 Mareuil, village presque d\u00e9truit, d\u00e9poser une couronne offerte par la 8e compagnie du 126e sur la tombe de Breuil.<br \/>\nA 7 h je monte aux batteries o\u00f9 se d\u00e9clenche d\u00e8s mon arriv\u00e9e un tir de barrage \u00e9norme sur tout le secteur.<\/p>\n<p>Mercredi 22. Comme depuis le 20, jour et nuit, pr\u00e9paration par l\u2019artillerie\u2026 Qu\u2019est-ce qu\u2019ils doivent prendre !<br \/>\n( J\u2019ai omis de noter en arrivant hier soir : 2e et 5e batterie 1 chaque\u2026 M. Roux !\u2026) (Moi y\u2019en a pas compris. ndx.)<br \/>\nLa nuit arrive. Depuis ce matin \u00e0 7 h ce soir, la batterie avec 4 pi\u00e8ces a tir\u00e9 exactement 1 200 obus\u2026<\/p>\n<p>Jeudi 23. Tout le jour, l\u2019artillerie a continu\u00e9 son feu. M\u00eame nombre d\u2019obus qu\u2019hier tir\u00e9s par nous. Pluie le soir.<\/p>\n<p>Vendredi 24. Derniers pr\u00e9paratifs !\u2026 Vers 5 h une pluie de mitraille sur tout le secteur par nous. A 6 h du soir, le commandant nous donne connaissance de l\u2019ordre du G\u00e9n\u00e9ralissime Joffre. Les passages de cette page historique nous inoculent un sang nouveau\u2026<br \/>\nC\u2019est un signe caract\u00e9ristique que l\u2019heure de l\u2019attaque approche.<\/p>\n<p>Samedi 25. Journ\u00e9e m\u00e9morable pour l\u2019histoire. Nos canons ne cessent de tirer. Nous d\u00e9jeunons au son continu de la mitraille, quand vers la fin, comme dessert, les boches nous exp\u00e9dient une salve d\u2019obus asphyxiants \u00e0 droite et \u00e0 gauche de la batterie.<br \/>\nC\u2019est la premi\u00e8re fois que nous en recevons, mais cela leur co\u00fbte cher , puisque aussit\u00f4t apr\u00e8s les avoir dissip\u00e9s par la chaux, de l\u2019essence que nous faisons br\u00fbler dans de vieilles gamelles, et enfin en pulv\u00e9risant l\u2019atmosph\u00e8re avec de l\u2019eau additionn\u00e9e d\u2019un quart d\u2019ammoniaque, ( chacun de nous \u00e9tait muni de sa cagoule ou de ses lunettes ) , nous leur en adressons 1 000 en 1 h \u00bd , soit 250 par pi\u00e8ce de 10 h \u00bd \u00e0 midi.<br \/>\nA midi 25, nos fantassins montent \u00e0 l\u2019assaut. Quelles minutes ! Ils avancent et nous allongeons notre tir\u2026 jusqu\u2019\u00e0 la nuit o\u00f9 nous connaissons \u00e0 peu pr\u00e8s le r\u00e9sultat : 108e, 300e ont bien march\u00e9, le 326e, moins favoris\u00e9, n\u2019a pu directement sortir\u2026 Les tranch\u00e9es ennemies \u00e9taient encore remplies de mitrailleuses. A la nuit, tout para\u00eet avoir bien march\u00e9.<br \/>\nChacun est satisfait et malgr\u00e9 les nombreuses larmes vers\u00e9es ( par le gaz ) , chacun cherche \u00e0 se reposer dans sa tranch\u00e9e.<\/p>\n<p>Dimanche 26. Toute la nuit canonnade plus ou moins vive. Nous, nous sortons de notre trou assez dispos, car nous avons bien dormi, notre service n\u2019ayant pas eu \u00e0 \u00eatre utilis\u00e9\u2026<br \/>\nHier, avant de d\u00e9jeuner, j\u2019ai tir\u00e9 3 coups\u2026 d\u00e9moralisant pour l\u2019ennemi ! Aujourd\u2019hui 2 pour leur faire activer leur retraite\u2026.<br \/>\nA 10 h \u00bd nous d\u00e9jeunons assez tranquilles et la batterie continue son tir.<br \/>\nA 1 h \u00bc , nouvel assaut de nos fantassins\u2026<br \/>\nL\u2019on nous signale \u00e9galement comme officiel qu\u2019en Champagne nous avons fait 7 \u00e0 8 000 prisonniers et progress\u00e9 sur un large front, et que les anglais ont de leur c\u00f4t\u00e9 \u00e9norm\u00e9ment progress\u00e9.<br \/>\nA 9 h du soir, nouvelles attaques. Les d\u00e9tails sont bons, mais, quel bombardement !\u2026 Il faut le vivre pour le croire.<\/p>\n<p>Lundi 27. Au r\u00e9veil, nous apprenons avec surprise que le 126e a du quitter Th\u00e9lus ou ses abords. Nous avons \u00e9galement abandonn\u00e9 le village des Tilleuls. Les autres gains se maintiennent. Depuis hier soir, des bombardements en masse\u2026 La pluie commence \u00e0 tomber.<br \/>\nQuand \u00e0 nous, nous continuons \u00e0 tirer en moyenne de 1 000 \u00e0 1 500 obus par jour. Le soir, on rel\u00e8ve le 108e.<br \/>\nLa correspondance nous est distribu\u00e9e r\u00e9guli\u00e8rement.<\/p>\n<p>Mardi 28. Dans notre secteur, situation pour ainsi dire la m\u00eame\u2026 Aujourd\u2019hui doivent \u00eatre relev\u00e9s tous les r\u00e9giments d\u2019infanterie du corps. A 2 h du soir, nous apprenons que l\u2019artillerie va \u00e9galement \u00eatre remplac\u00e9e.<br \/>\nLe soir, on me raconte \u00e0 peu pr\u00e8s les pertes subies par notre infanterie, c\u2019est effrayant !\u2026<br \/>\nJe d\u00eene avec Delage de Lanteuil qui m\u2019apprend la mort de Meynard, n\u00e9gociant \u00e0 Serilhac, du 326e.<br \/>\nA 9 h \u00bd, repos. Il pleut !\u2026<\/p>\n<p>Mercredi 29. R\u00e9veil par Romain Neuville. Quelle joie ! Je m\u2019inqui\u00e9tais tant sur son sort\u2026<br \/>\nAvoir attaqu\u00e9 2 fois, 4 jours et 4 nuits sans dormir ; malgr\u00e9 ses souffrances il ne para\u00eet pas trop fatigu\u00e9. C\u2019est un rescap\u00e9 de cette \u2018fameuse attaque\u2019.<br \/>\nNous d\u00e9jeunons ensemble. Je l\u2019accompagne ensuite jusque sur la route d\u2019Arras pour aller de l\u00e0 rejoindre son r\u00e9giment \u00e0 Mareuil.<br \/>\nTout le reste de la soir\u00e9e, bombardement de la vall\u00e9e o\u00f9 nous sommes en batterie par des obus de 210. Les plus pr\u00e8s tombent \u00e0 200 m de nous, nous recevons quand m\u00eame leurs \u00e9clats.<br \/>\nLes officiers d\u2019une batterie de renforts du 45e d\u2019artillerie qui doit nous relever \u00e9tudient les lieux depuis 10 h du matin. A 9 h nous commen\u00e7ons \u00e0 d\u00e9m\u00e9nager. Nous, nous suivons l\u2019\u00e9chelon venu chercher le restant des obus.<br \/>\nA 11 h toutes les pi\u00e8ces \u00e9taient remplac\u00e9es et le tir continuait.<\/p>\n<p>Jeudi 30. A 3 h du matin, apr\u00e8s avoir fait la moiti\u00e9 du chemin \u00e0 pied, nous arrivons \u00e0 Noyelles-Vion o\u00f9 nous couchons dans une bonne grange sur 1 m de paille fra\u00eeche.<br \/>\nJe me crois dans un lit d\u2019o\u00f9 je sors \u00e0 8 h assez bien repos\u00e9. Nous visitons la ville, nous pr\u00e9parons un bon d\u00e9jeuner. Le 108e est all\u00e9 au repos dans ce pays.<br \/>\nLe soir, grand nettoyage. A 8 h , au lit.<\/p>\n<p><strong>OCTOBRE<\/strong><\/p>\n<p>Quinzi\u00e8me mois de la guerre !<br \/>\n&#8212;-.&#8212;-<br \/>\nSi l\u2019 du 25 a r ns d e \u00e0 la fronti\u00e8re !\u2026<br \/>\n( Que n\u2019a-t-il pas voulu \u00e9crire en toutes lettres ? Des propos plus o\u00f9 moins d\u00e9faitistes ? Je pense que le 1er mot est \u2018offensive\u2019, pour le reste, \u00e0 vous de trouver. Ndx)<\/p>\n<p>Vendredi 1er. R\u00e9veil 7 h . J\u2019\u00e9cris. Le soir, avec Audoin nous allons \u00e0 l\u2019Atre Saint Quentin o\u00f9 j\u2019esp\u00e9rais trouver Antonin. Il \u00e9tait reparti pour cantonner \u00e0 Le Courroy.<br \/>\nA l\u2019\u00e9quipe de r\u00e9paration, l\u2019on m\u2019annonce qu\u2019onze pi\u00e8ces ont saut\u00e9 durant l\u2019attaque. ( 21e, 34e, 52e )<\/p>\n<p>Samedi 2. R\u00e9veil \u00e0 6 h. Apr\u00e8s cette nouvelle nuit de repos absolu, nous voil\u00e0 compl\u00e8tement remis.<br \/>\nA 11 h, nous quittons avec l\u2019\u00e9chelon Noyelles-Vion pour venir cantonner \u00e0 Waquetin, \u00e0 10 km d\u2019Arras.<br \/>\nLes 5 pi\u00e8ces formant la batterie de tir partaient \u00e0 2 h du soir pour aller prendre directement position dans un des faubourgs d\u2019Arras, para\u00eet-il assez dangereux.<br \/>\nA 2 h du matin, nous \u00e9tions arriv\u00e9s \u00e0 notre cantonnement. Je trouve ici tout le 326e d\u2019infanterie au repos. Avec les amis, nous commentons les 4 grandes journ\u00e9es de fin Septembre qui ont co\u00fbt\u00e9 pour notre division :<br \/>\n836 hommes hors de combat au 126e<br \/>\nhommes \u2018 \u2018 \u2018 \u2018 au 326e<br \/>\nhommes \u2018 \u2018 \u2018 \u2018 au 300e<br \/>\nhommes \u2018 \u2018 \u2018 \u2018 au 108e<br \/>\n( Il n\u2019a pas du pouvoir avoir les chiffres pour les 3 derniers r\u00e9giments. Ndx )<\/p>\n<p>Quelle affreuse liste ! Trop de brivistes, h\u00e9las y sont inscrits : Tribier, Chabut, Bruyassoux, Claux, Beylie, le sergent Bos, etc., etc.<br \/>\nA 9 h \u00bd, repos chez de braves gens.<\/p>\n<p>Dimanche 3. Il y a un mois aujourd\u2019hui, j\u2019arrivais \u00e0 Brive\u2026\u2026.<br \/>\nJe passe cette journ\u00e9e avec les rescap\u00e9s du pays, Romain, etc., etc.<br \/>\nJe vois arriver les hommes devant remplacer les manquants des 126e et 326e parmi lesquels Faye, Cimentier, Tallet ( gar\u00e7on de caf\u00e9 ), Saule ( savetier \u00e0 Turenne ) , Bical de lanteuil, etc.<br \/>\nQuels hommes !\u2026 La moiti\u00e9 bleus ( Bleus : supposition. ndx )<br \/>\nLe soir, Audoin et Delori\u00e8re montent aux pi\u00e8ces. Gaston et moi, nous retournons \u00e0 l\u2019\u00e9chelon, nous irons les remplacer Samedi.<\/p>\n<p>Lundi 4. D\u00e8s notre r\u00e9veil, nous apprenons que le Chef Guichard et le brave Brigadier fourrier Cavalier de notre batterie ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s sous les d\u00e9combres d\u2019une maison \u00e0 Arras, \u00e9cras\u00e9e par un 210.<br \/>\nA 1 h, Gaston va les chercher en voiture. A 5 h nous les pla\u00e7ons sur des brancards dans l\u2019\u00e9glise. Triste journ\u00e9e !<br \/>\nCavalier \u00e9tait l\u2019ami de tous.<\/p>\n<p>Mardi 5. J\u2019\u00e9cris. Toute la journ\u00e9e, pluie. A 4 h, obs\u00e8ques de nos deux victimes .<br \/>\nLe soir, nous veillons un peu chez nos \u2018proprios\u2019, lesquels nous c\u00e8dent matin et soir un bon bol de lait.<\/p>\n<p>Mercredi 6. Les journaux nous annoncent que la Bulgarie mobilise contre la Serbie,\u2026 contre nous ! les Allemands y r\u00e9gissent en ma\u00eetres !<br \/>\nLe soir, j\u2019assiste au concert donn\u00e9 par la musique du 50e.<\/p>\n<p>Jeudi 7. Quelle surprise ! Alors que nous comptions sur la Gr\u00e8ce, les journaux de ce jour nous font pressentir que cette nation c\u00e8de \u00e0 la pression boche !\u2026 Que sera demain ?\u2026<br \/>\nLe soir, je passe mon apr\u00e8s midi \u00e0 Mont\u00e9n\u00e9scourt o\u00f9 seront cantonn\u00e9s les \u00e9chelons des 21e et 52e d\u2019artillerie. Je passe en compagnie de Coudert de bons moments avec Courtioux, Dumas, Chaduteau, mar\u00e9chaux.<br \/>\nApr\u00e8s d\u00eener, nous assistons \u00e0 la descente du ballon captif (saucisse), et \u00e0 9 h je vais rapidement me coucher apr\u00e8s avoir \u00e9crit cette page.<\/p>\n<p>Vendredi 8. Le bruit circule que nous allons quitter cantonnement et position.<br \/>\nQuelle joie ! Je n\u2019aurai pas vu Arras\u2026 Je devais y aller avec Gaston demain soir ( rel\u00e8ve ) , mais sans chagrin nous commen\u00e7ons le soir nos pr\u00e9paratifs pour d\u00e9m\u00e9nager de Wanquetin.<\/p>\n<p>Samedi 9. Vers 7 h du soir (soit 7 jours exacts que nous \u00e9tions ici ) , arriv\u00e9e \u00e0 Bray.<br \/>\nA 4 h nous bivouaquons en plein champs sous de beaux peupliers.<br \/>\nSol, se trouvant cantonn\u00e9 au moulin du pays, m\u2019y invite \u00e0 d\u00eener. Le repas est un peu pr\u00e9cipit\u00e9, car \u00e0 6 h , il partait avec sa compagnie aux tranch\u00e9es\u2026 o\u00f9 \u00e7a tape !<br \/>\nA 8 h , ayant trouv\u00e9 un petit gourbi, je m\u2019y installe avec Henri Escurats\u2026 non sans songer \u00e0 cette m\u00eame soir\u00e9e il y a un mois.<\/p>\n<p>Dimanche 10. Comme depuis le 8, tir continu des batteries en position. Le 1er groupe ayant quitt\u00e9 Arras cette nuit reste l\u00e0, attel\u00e9 pr\u00e8s de l\u2019\u00e9chelon, comme groupe de poursuite.<\/p>\n<p>Lundi 11. Nous apprenons au r\u00e9veil que ce bombardement est la pr\u00e9paration d\u2019une nouvelle attaque de la 24e division .<br \/>\nLe canon gronde jusqu\u2019\u00e0 4 h \u00bd, moment o\u00f9 les fantassins doivent sauter dans les tranch\u00e9es ennemies\u2026 puis silence absolu.<br \/>\nA 9 h nous recevons l\u2019ordre de d\u00e9teler !\u2026 Nous nous couchons.<br \/>\nCette attaque pr\u00e9par\u00e9e par l\u2019artillerie depuis 4 jours devait compl\u00e9ter celle du 25 Septembre.<\/p>\n<p>Mardi 12. Au r\u00e9veil, nous savons que le 300e d\u2019infanterie, le 108e d\u2019infanterie, les 42e et 44e r\u00e9giment de chasseurs \u00e0 pied qui occupaient les premi\u00e8res lignes avaient<br \/>\n(un blanc. Refus\u00e9 ? Ndx) de sortir, seule la 4e compagnie du 108e qui est mont\u00e9e \u00e0 l\u2019assaut a \u00e9t\u00e9 (deuxi\u00e8me blanc. Ndx) \u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026<br \/>\nQ . t. d. f. n. o. s. et q.<br \/>\n( Toute interpr\u00e9tation de votre part m\u2019int\u00e9resse ! Ndx )<\/p>\n<p>Mercredi 13. Nous sommes l\u00e0 toujours sur le qui vive. Partirons nous ? ou resterons nous ? Que va-t-il se passer ?\u2026 Les Balkans, la Serbie r\u00e9clament des hommes !\u2026<\/p>\n<p>Jeudi 14. Aucun ordre. Le soir, nous faisons l\u2019ascension du Mont Saint Eloi.<br \/>\nC\u2019est navrant de voir dans quel piteux \u00e9tat sont les belles tours de ce mont.<br \/>\nSur le parcours, nous visitons quelques pi\u00e8ces de 270 mm.<\/p>\n<p>Vendredi 15. Je vais en voiture le matin \u00e0 Haute Avesnes, chercher un appareil \u00e0 douche pour le groupe.<br \/>\nJe passe un moment avec Louis Treuil.<\/p>\n<p>Samedi 16. Calme absolu depuis le 11 au soir dans tout le secteur, pour ainsi dire, pas un coup de canon. Que se passe-t-il ?<br \/>\nLes Balkans commencent \u00e0 br\u00fbler ! Delcass\u00e9 d\u00e9missionne !<br \/>\nUn nouveau corps exp\u00e9ditionnaire pour Salonique s\u2019embarque \u00e0 Marseille\u2026 et la mort, plus que jamais, fauche \u00e0 son aise !\u2026 C\u2019est pour la civilisation !\u2026 Que nous r\u00e9servera-t-elle pour l\u2019avenir ?<br \/>\nHeureusement qu\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 des soucis, l\u2019on a quelques bonnes surprises, telle qu\u2019\u00e0 4 h la visite de Louis S\u00e9g\u00e9ral du 4e g\u00e9nie, ou de bons moments tel que la bonne soir\u00e9e pass\u00e9e de 6 h \u00e0 9 h avec les sergents de la compagnie de Sol, 6e g\u00e9nie, redescendus au repos.<\/p>\n<p>Dimanche 17. A 7 h, d\u00e9part pour Lattre Saint Quentin o\u00f9 j\u2019accompagne Guillemon et Pradeau \u00e0 l\u2019\u00e9quipe de r\u00e9paration. Nous faisons un bon repas en compagnie d\u2019 Auguste Clauzade, de Trarieux de Cublac, de S\u00e9galat de Puy d\u2019Arnac. Retour \u00e0 3 h .<br \/>\nA 5 h, le Major me prie d \u2018accompagner en voiture le Lieutenant Nicoleau gare Savy. ( Permissionnaire )<br \/>\nD\u00e9part 10 h \u00bd, retour le<\/p>\n<p>Lundi 18. \u00e0 1 h \u00bd du matin. Repos jusqu\u2019\u00e0 8 h du matin. Le soir, je d\u00eene en compagnie de Coudert, Neuville, Berthon, Mazet ( de Beaulieu ) .<br \/>\nLes journ\u00e9es sont assez belles, mais les nuits sont fra\u00eeches.<\/p>\n<p>Mardi 19. Nous pensons aller en position sous peu, et passer une partie de l\u2019hiver dans ce secteur.<\/p>\n<p>Mercredi 20. Le matin, grand nettoyage en plein champ. Quelle vie !<br \/>\nLe soir, nous allons en compagnie de Coudert passer l\u2019apr\u00e8s midi \u00e0 Aubigny. Nous faisons quelques emplettes et un bon repas \u00e0 l\u2019h\u00f4tel. Retour apr\u00e8s halte \u00e0 9 h au cantonnement.<\/p>\n<p>Jeudi 21. Calme. Nous pensons aller demain en batterie.<\/p>\n<p>Vendredi 22. R\u00e9veil \u00e0 2 h \u00bd, d\u00e9part \u00e0 3 h \u00bd. En voiture, nous arrivons \u00e0 4 h \u00bd aux nouvelles positions, Situ\u00e9es \u00e0 1500 m de celles que le groupe a occup\u00e9 jusqu\u2019au 29 Septembre.<br \/>\nNous couchons au P. de S. ( ? ndx ) et passons une journ\u00e9e avec Beaudry \u00e0 la batterie o\u00f9 nous am\u00e9nageons un solide bureau\u2026salon !<\/p>\n<p>Samedi 23. Tout le jour, nous travaillons \u00e0 am\u00e9nager notre gourbi \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la 3e pi\u00e8ce.<\/p>\n<p>Dimanche 24. Quel Dimanche ! De 7 h du matin \u00e0 3 h \u00bd du soir, heure \u00e0 laquelle m\u2019arrive un bon courrier, je n\u2019ai fait que terrasser !<br \/>\nCo\u00efncidence, je re\u00e7ois \u00e0 la fois une bonne lettre de Jeanne avec un colis ( cache-nez, etc. ), une de Marie avec les \u2018doigts de gants\u2019, et une d\u2019Antonin. Tout cela me remet le c\u0153ur en place et aide \u00e0 prendre son sort du bon c\u00f4t\u00e9\u2026malgr\u00e9 que la Gr\u00e8ce refuse l\u2019\u00eele de Chypre \u00e0 l\u2019Angleterre.<\/p>\n<p>Lundi 25. Pluie et brouillard tout le jour. J\u2019\u00e9cris. ( nasses \u00e0 rats )<\/p>\n<p>Mardi 26. R\u00e9veil 7 h . Nous faisons la porte du gourbi. Nous recevons la visite de 4 avions boches qui faillirent jouer un vilain tour \u00e0 Chazat ( \u00e9clat d\u2019obus ) .<br \/>\nLe soir, avec Vincent Lapeyre, je vais \u00e0 Mareuil faire quelques emplettes.<\/p>\n<p>Mercredi 27 \u00e0 Vendredi 29. Toujours occup\u00e9 au gourbi. De la pluie. Accalmie dans le secteur.<\/p>\n<p>Samedi 30. Oh ! Grand Dieu ! Quelle journ\u00e9e ! Terrible ! Affreuse !<br \/>\nA 5 h \u00bd, r\u00e9veil par un bombardement en r\u00e8gle de notre 1\u00e8re ligne d\u2019infanterie par l\u2019artillerie ennemie. Nous faisons aussit\u00f4t un tir de barrage, Mais l\u2019ennemi a d\u00e9j\u00e0 pris possession de notre premi\u00e8re tranch\u00e9e.<br \/>\nA 6 h \u00bd, un 150 \u00e9crase l\u2019abri de la 1\u00e8re pi\u00e8ce, contusionnant 3 hommes et enterrant Cubertafond. Nous nous mettons aussit\u00f4t \u00e0 l\u2019\u0153uvre pour le d\u00e9gager des d\u00e9combres. \u00bd h apr\u00e8s, il revoyait\u2026 le jour. Les marmites tombaient devant et derri\u00e8re nous dans un rayon de 300 m.<br \/>\nL\u2019ennemi continue \u00e0 nous bombarder jusqu\u2019\u00e0 midi. Durant ce temps, nous sommes install\u00e9s tous sous la route \u00e0 7 m sous terre environ.<br \/>\nDe midi \u00e0 2 h cela nous permet de d\u00e9jeuner, mais comment !\u2026<br \/>\nEt nous recevons l\u2019ordre de nous pr\u00e9parer \u00e0 la contre-attaque. En effet, apr\u00e8s avoir re\u00e7u 1 000 obus du ravitaillement, nous tirons d\u00e8s 4 h 3 coups par minute jusqu\u2019\u00e0 5 h.<br \/>\nLes fantassins du 50e et 108e essayent de reprendre le terrain perdu. Nous avions allong\u00e9 le tir de 250 m. Le 108e arrive \u00e0 conqu\u00e9rir 135 m et est oblig\u00e9 de s\u2019arr\u00eater. ( Lieutenant Baluteau )<br \/>\nA 7 h, avec Beaudry, nous \u00e9tions relev\u00e9s par Audoin et Delori\u00e8re. Nous n\u2019aurions pas c\u00e9d\u00e9 notre place bon march\u00e9. Nous arrivons \u00e0 7 h \u00bd aux avant-trains o\u00f9 nous respirons\u2026<br \/>\nLe bombardement a continu\u00e9 toute la nuit.<\/p>\n<p>Dimanche 31. A 5 h, nouvelle contre-attaque des n\u00f4tres pour achever de prendre les positions perdues la veille, chose qui se fait apr\u00e8s\u2026 quel sacrifice !\u2026\u2026\u2026<br \/>\nIl pleut.<br \/>\nTemps affreux\u2026<br \/>\nBoue.<\/p>\n<p><strong>NOVEMBRE<\/strong><\/p>\n<p>16e Mois !\u2026<\/p>\n<p>Lundi 1er. 455e jour de la guerre !<br \/>\nBriand, Pr\u00e9sident du conseil, en pr\u00e9sentant le nouveau cabinet devant la Chambre, dans son discours s\u2019exprime ainsi :\u2026 \u00ab Des hommes sont l\u00e0 depuis 15 mois, ils ont tout quitt\u00e9, ils ont souffert, beaucoup sont morts\u2026, Quand saurons-nous le nombre repr\u00e9sent\u00e9 dans ce \u2018beaucoup\u2019 ? \u00bb<br \/>\nComme premier travail, nous encaissons Gilbert, ex-Mar\u00e9chal des Logis 2e batterie, 34e Artillerie, pass\u00e9 tout r\u00e9cemment Sous-lieutenant d\u2019infanterie, tu\u00e9 dans l\u2019attaque du 30 \u00e9coul\u00e9.<br \/>\nNous d\u00e9jeunons en compagnie de Beaudry et Clerfeuille, assez bien abrit\u00e9s, mais dehors il pleut, le vent est froid, impossible de sortir. J\u2019\u00e9cris .<br \/>\nQuelle diff\u00e9rence aupr\u00e8s du m\u00eame jour il y a un an ! Il faisait beau, nous \u00e9tions au milieu des beaux sapins de Sept Saulx. Quel changement !<\/p>\n<p>Mardi 2. Les Morts.<br \/>\nJamais plus je n\u2019avais senti la port\u00e9e de ce jour comme ici. Priv\u00e9 de me rendre sur la tombe des miens, je vais sur celle des h\u00e9ros couch\u00e9s \u00e0 300 m de notre cahute ( entre Bray et Ecoivre ). Ils sont l\u00e0 1 000, tous avec la m\u00eame croix de sapin blanc sur laquelle est \u00e9crit leur nom. Ce sont les \u2018favoris\u00e9s\u2019 des morts pour la France, car combien ont s\u00e9ch\u00e9s ou sont enfouis \u00e0 jamais entre les lignes !<br \/>\nC\u2019est le c\u0153ur gros que l\u2019on songe \u00e0 ces nobles vers immortalis\u00e9s par ce cataclysme de 1914-1915 :<\/p>\n<p>Ceux qui pieusement sont morts pour la Patrie<br \/>\nOnt droit qu\u2019\u00e0 leur cercueil la foule vienne et prie,<br \/>\nParmi les plus beaux noms leur nom est le plus beau ;<br \/>\nToue gloire, aupr\u00e8s d\u2019eux, passe et tombe, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re,<br \/>\nEt comme ferait une m\u00e8re,<br \/>\nLa voix d\u2019un peuple entier les berce en leur tombeau.<\/p>\n<p>Victor Hugo.<\/p>\n<p>Mercredi 3. Nous terminons l\u2019am\u00e9nagement de notre gourbi dans le bois de Bray o\u00f9 nous sommes et prendrons \u00e0 l\u2019avenir notre repos. J\u2019\u00e9cris.<\/p>\n<p>Jeudi 4 au Mardi 9. Pluie, brouillard, froid. Par contre, l\u2019ennemi nous fiche la paix.<\/p>\n<p>Mercredi 10. Ayant re\u00e7u la veille une carte d\u2019 Antonin m\u2019annon\u00e7ant son prochain d\u00e9part pour Brive, je pars \u00e0 6 h \u00bd pour Le Courray o\u00f9 j\u2019arrive \u00e0 9 h \u00bd sans \u00eatre trop tremp\u00e9\u2026<br \/>\nNous mangeons, car j\u2019avais faim. Apr\u00e8s un bon repas, (cr\u00eapes), nous causons de ce qui peut nous int\u00e9resser. J\u2019arrivais \u00e0 l\u2019\u00e9chelon \u00e0 5 h \u00bd o\u00f9, apr\u00e8s un semblant de d\u00eener, je me reposais bien tranquille. J\u2019avais fait 50 km \u00e0 cheval !<\/p>\n<p>Jeudi 11 \u00e0 Samedi 13. Pluie, vent. Accalmie compl\u00e8te dans le secteur. Mais quel temps ! Dans la boue ! Dans la boue.<\/p>\n<p>Dimanche 14. Malgr\u00e9 le triste temps, les boches attaquent. La batterie est bien arros\u00e9e, obus et gaz. (Labyrinthe ) L\u2019effort se fait surtout \u00e0 notre droite.<br \/>\nJe suis au repos. J\u2019\u00e9cris.<\/p>\n<p>Lundi 15 Mardi 16.<br \/>\nOn bousille !\u2026<br \/>\nOn bricole !\u2026<br \/>\nLe temps dure\u2026<\/p>\n<p>Mercredi 17. Je rencontre Romain qui vient d\u00eener avec nous. Nous passons une bonne soir\u00e9e durant laquelle nous avons discut\u00e9 fin de la guerre !\u2026<\/p>\n<p>Jeudi 18 Vendredi 19. Toujours triste temps.<\/p>\n<p>Samedi 20. Apr\u00e8s avoir pris une bonne douche \u00e0 Ecoivre, je pr\u00e9pare mes affaires pour monter relever Clerfeuille aux batteries de tir o\u00f9 j\u2019arrivais \u00e0 7 h \u00bd.<\/p>\n<p>Dimanche 21. R\u00e9veil 7 h. D\u00e8s 8 h, nous apprenons que toute la batterie va descendre au repos aux avants-trains. Pour moi, quelle joie ! 24 h\u2026<br \/>\nArriv\u00e9 \u00e0 notre gourbi \u00e0 7 h \u00bd. Bon d\u00eener. A 11 h, j\u2019accompagne Clerfeuille \u00e0 la gare de Savy.<\/p>\n<p>Lundi 22 Mardi 23. Rien. Accalmie dans le secteur.<\/p>\n<p>Mercredi 24. Je vais \u00e0 Haute Avesnes.<\/p>\n<p>Jeudi 25. Sainte Catherine, Patronne des Charrons.<br \/>\nDans la matin\u00e9e, Souchez arrive de Cognac portant \u00e0 Beaudry un bon colis que nous go\u00fbtons \u00e0 d\u00e9jeuner. Le soir, bon d\u00eener en compagnie de Sol, S\u00e9guy Sergent au 6e G\u00e9nie. Nous passons une bonne soir\u00e9e, Delori\u00e8re petite fl\u00fbte, Legros (Bidas) Beaudry (Riviera).<\/p>\n<p>Vendredi 26. Il neige. C\u2019est la premi\u00e8re fois en cette saison.<\/p>\n<p>Samedi 27. Je re\u00e7ois un mot d\u2019 Antonin m\u2019annon\u00e7ant sa visite pour demain.<\/p>\n<p>Dimanche 28. Journ\u00e9e m\u00e9morable au Front.<br \/>\nA 9 h, arriv\u00e9e d\u2019 Antonin. Nous partons aussit\u00f4t pour les batteries. (Holstein, Roux, cuisine, abris, installation, trous, boyaux, tranch\u00e9es, avions.)<br \/>\nA midi nous \u00e9tions de retour dans notre gourbi pr\u00e8s de la \u2018saucisse\u2019 Bois de Bray o\u00f9 nous trouvons un bon d\u00e9jeuner pr\u00e9par\u00e9 par Audoin.<br \/>\nApr\u00e8s un bon digestif et avoir caus\u00e9 un instant avec le Capitaine, nous parlons des derniers d\u00e9tails de sa permission pouvant m\u2019int\u00e9resser. (Chanat, Lapeyre)<br \/>\nA 5 h, pr\u00e9paratifs de d\u00e9part (v\u00e9lo crev\u00e9). Je l\u2019accompagne jusqu\u2019\u00e0 Haut Avesnes. Il g\u00e8le, mais, \u00e0 la vitesse o\u00f9 nous marchions, l\u2019on se r\u00e9chauffait.<br \/>\nS\u00e9paration \u00e0 6 h, enchant\u00e9s d\u2019une si agr\u00e9able journ\u00e9e.<\/p>\n<p>Lundi 29. J\u2019\u00e9cris \u00e0 Jeanne, aux parents, aux amis.<\/p>\n<p>Mardi 30. Dernier jour de ce triste mois. Malheureusement, il n\u2019est pas le dernier de la guerre, mais celui de la terminaison du repos accord\u00e9 \u00e0 la batterie. Aussi, d\u00e8s 3 h, pr\u00e9paratifs de d\u00e9part.<br \/>\nA 8 h \u00bd, nous arrivons \u00e0 la position, et avec Audoin nous nous installons dans notre \u2018petite cagnas\u2019. Impression faite \u00e0 Antonin avant hier ; malgr\u00e9 tout nous nous y trouvons assez bien. Dehors, il pleut !\u2026<\/p>\n<p><strong>D\u00c9CEMBRE<\/strong><\/p>\n<p>Mercredi 1er. R\u00e9veil \u00e0 6 h \u00bd par un obus qui tombe \u00e0 200 m en avant de nous, puis tout le jour tir de l\u2019ennemi par intervalles assez \u00e9loign\u00e9s sur la route et en avant de notre position.<br \/>\nIl pleut. Nous sommes dans la boue.<\/p>\n<p>Jeudi 2. J\u2019\u00e9cris\u2026 M\u00eame temps\u2026 Pas un seul obus ennemi.<\/p>\n<p>Vendredi 3. Rien de particulier, m\u00eame temps.<br \/>\nClerfeuille, de retour de permission, monte \u00e0 la batterie et nous conte ses impressions. Conches arrive \u00e0 la batterie de tir.<\/p>\n<p>Samedi 4. Au r\u00e9veil, nous trouvons la tranch\u00e9e \u00e0 demi \u00e9boul\u00e9e, et l\u2019eau a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans de nombreux gourbis.<br \/>\nLe soir, Delori\u00e8re vient me relever.<\/p>\n<p>Dimanche 5 au Dimanche 12. Accalmie dans le secteur. Par contre, pluie et boue, pluie et boue, pluie et boue\u2026&#8230;<\/p>\n<p>Lundi 13 au Dimanche 19. M\u00eame semaine. Pluie et boue. Lettre de Jeanne.<br \/>\nLa retraite de Sarrail est termin\u00e9e \u00e0 Salonique.<\/p>\n<p>Lundi 20. L\u2019on nous annonce que nous allons changer de place, batterie de tir et \u00e9chelon. Il pleut.<\/p>\n<p>Mardi 21. A 1 h du matin je monte en voiture \u00e0 la batterie pour d\u00e9m\u00e9nager les affaires de notre poste\u2026 pour les conduire \u00e0 la m\u00eame sape que nous avons occup\u00e9e jusqu\u2019au Jeudi 30 Septembre dernier.<br \/>\nBrouillard et boue.<\/p>\n<p>Mercredi 22. A 7 h, je suis toujours en voiture au poste de M. Bareige pour transporter ses affaires, les m\u00e9dicaments et appareils divers du Service de Sant\u00e9.<br \/>\nA 10 h, j\u2019\u00e9tais de retour. A midi, attel\u00e9 pour conduire les \u2018cantines\u2019 de M. Holstein \u00e0 Habareq.<br \/>\nApr\u00e8s midi, officiellement \u2018Contrordre\u2019. A 1 h, devant un bon feu dans notre confortable cahute. A 9 h, au lit.<br \/>\nDepuis 4 jours, violentes canonnades dans le secteur de gauche\u2026 Nous nous pr\u00e9parons \u00e0 recevoir une attaque ennemie.<\/p>\n<p>Jeudi 23. R\u00e9veil \u00e0 6 h. A 8 h je partais faire le voyage que le contrordre m\u2019avait emp\u00each\u00e9 de faire la veille.<br \/>\nA 9 h \u00bd, j\u2019\u00e9tais au Bois d\u2019Habareq o\u00f9 je d\u00e9jeunais avec les amis de l\u2019\u00e9chelon.<br \/>\nA midi et demi, j\u2019\u00e9tais de retour \u00e0 Bray. Avec Beaudry, nous d\u00e9molissons en partie notre cahute afin de transporter les mat\u00e9riaux n\u00e9cessaires \u00e0 en construire une autre dans le nouveau bois o\u00f9 nous allons cantonner.<br \/>\nNous arrivons avec un chargement apr\u00e8s la tomb\u00e9e de la nuit, et, par une pluie battante, nous trouvons la chemin\u00e9e d\u2019 Escurat bien allum\u00e9e.<br \/>\n1 h pour nous s\u00e9cher, durant laquelle j\u2019en br\u00fble ma vareuse\u2026<\/p>\n<p>Vendredi 24. Il a plu toute la nuit, nous pataugeons dans la boue. Entre chaque averse, nous commen\u00e7ons notre abri\u2026<br \/>\nLe soir, avec les camarades de la pi\u00e8ce, nous d\u00e9cidons de faire R\u00e9veillon \u2018quand m\u00eame\u2019. Vers 10 h, nous nous trouvions une dizaine r\u00e9unis autour d\u2019une table improvis\u00e9e en h\u00e2te dans une cahute d\u00e9serte. (Elle me faisait songer \u00e0 la grange de Bethl\u00e9em)<br \/>\nMais je ne pouvais m\u2019emp\u00eacher de penser au contraste qui existait entre cette soir\u00e9e et celle de l\u2019an dernier. Quelle diff\u00e9rence !\u2026 Quel poids sur le c\u0153ur ! A minuit sur la paille.<\/p>\n<p>Samedi 25. No\u00ebl.<br \/>\nL\u2019an pass\u00e9, en f\u00eatant ce jour que nous d\u00e9signions alors \u2018La No\u00ebl Rouge\u2019, chacun d\u2019entre nous pensait bien que cette ann\u00e9e, nous c\u00e9l\u00e9brerions la No\u00ebl 1915 chez nous. H\u00e9las ! cet espoir n\u2019\u00e9tait qu\u2019un r\u00eave.<br \/>\nAujourd\u2019hui, l\u2019on se demande si le 25 D\u00e9cembre prochain, les survivants de cette abominable lutte ne seront pas encore en<br \/>\nGUERRE !<\/p>\n<p>Dimanche 26. M\u00eame temps. Vent, pluie.<\/p>\n<p>Lundi 27, Mardi 28. J\u2019\u00e9cris. Nous travaillons hardiment \u00e0 notre demeure.<\/p>\n<p>Mercredi 29. Le soir, je vais \u00e0 Haute Avesnes, je vois Louis Treuil et je d\u00eene avec Hardy, mar\u00e9chal, qui me paye sa fourniture de clous, et Chanat. (poulet 8,50)<\/p>\n<p>Jeudi 30. Je vais \u00e0 Ecoivres chercher en voiture divers m\u00e9dicaments et de la \u2018graisse de pieds\u2019.<\/p>\n<p>Vendredi 31. Cl\u00f4ture 1915. Ann\u00e9e de sacrifices, de douleurs, de deuils\u2026 Je n\u2019ose regarder les journ\u00e9es v\u00e9cues depuis Ao\u00fbt 1914 !\u2026<br \/>\n1916 qui va na\u00eetre s\u2019annonce aussi sanglante sinon plus !<br \/>\nDe tous les partis, un seul cri : \u00ab Des canon ! Des munitions ! \u00bb<\/p>\n<h4>ANN\u00c9E 1917<\/h4>\n<p><strong>JANVIER<\/strong><\/p>\n<p>1er Janvier \u2013 Samedi<br \/>\n&#8212;&#8212;&#8211;.&#8212;&#8212;&#8211;<\/p>\n<p>R\u00e9veil 5 h. Lev\u00e9 \u00e0 7 h. A 8 h, j\u2019\u00e9cris \u00e0 Jeanne et \u00e0 la famille Vedrenne.<br \/>\nQuelques p\u00e2les rayons de soleil semblent vouloir nous donner un peu de gaiet\u00e9 au c\u0153ur\u2026 Mais, h\u00e9las ! pour la 2e fois \u00e0 l\u2019occasion de cette grande f\u00eate de famille, les rayons des yeux, du sourire de ceux que nous ch\u00e9rissons nous manque. Les autres ne peuvent suffisamment nous r\u00e9chauffer le c\u0153ur pour \u00eatre heureux ! L\u2019on ose \u00e0 peine s\u2019adresser mutuellement nos v\u0153ux\u2026<br \/>\nVers 11 h, je lis : \u00ab Une fois encore, une ann\u00e9e se l\u00e8ve sur le monde dans une aurore sanglante\u2026 A cette heure, d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre de l\u2019univers, les esprits se recueillent et s\u2019interrogent : de quoi demain sera-t-il fait ?\u2026 \u00bb<br \/>\nA midi, repas assez copieux durant lequel nous terminons tous les colis qui n\u2019ont pu arriver \u00e0 temps pour No\u00ebl : nous en avions 6 entre nous tous. De plus, la veille, l\u2019 Etat nous avait fait distribuer ses \u2018\u00e9trennes\u2019, comprenant : Une bouteille de vin blanc champagnis\u00e9e pour 4, une orange, deux pommes, un cigare pour chacun.<br \/>\nA 2 h, nous allons relever nos camarades aux batteries, que le d\u00e9m\u00e9nagement ou notre installation nous avait emp\u00each\u00e9 de le faire Samedi dernier.<br \/>\nC\u2019est donc pour 15 jours que nous y montons, et ainsi, sans doute, se continuera le roulement tant que nous serons \u00e0 cette position o\u00f9 nous sommes bien abrit\u00e9s.<br \/>\nNous y arrivons \u00e0 4 h (nous \u00e9tant arr\u00eates en passant \u00e0 notre ancien cantonnement de Bray). Nous trouvons avec plaisir une belle salle am\u00e9nag\u00e9e \u00e0 la sortie de la sape, dans laquelle table, chaises, glace, cuisini\u00e8re.<\/p>\n<p>Dimanche 2. J\u2019ai un bon courrier dans lequel une lettre de Mademoiselle Daunat qui accepte d\u2019\u00eatre ma petite marraine de guerre.<br \/>\nLe secteur est assez tranquille.<\/p>\n<p>Lundi 3. Le Capitaine me fait appeler pour me proposer qu\u2019il peut m\u2019envoyer dans un d\u00e9p\u00f4t d\u2019autos pour conduite de tracteurs de canons autos. Il me conseille de rester, sachant \u00ab Ce que j\u2019ai et ignorant ce que je vais prendre \u00bb.<br \/>\nApr\u00e8s un long entretien\u2026 je reste\u2026 ma vie \u00e9tant autant en danger qu\u2019ici et ma responsabilit\u00e9 plus grande. L\u2019avenir me prouvera si j\u2019ai eu raison !<\/p>\n<p>Mardi 4 au Vendredi 7. Pluie, brouillard, vent. Durant ces jours, je trouve quelques obus de 37 mm qui feront de beaux souvenirs.<\/p>\n<p>Samedi 8. Saint Lucien. Je vais \u00e0 Mareuil.<br \/>\nJe d\u00e9jeune avec Romain qui me raccompagne \u00e0 mi-chemin. Bon d\u00eener. Hu\u00eetres \u00e0 la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p>Dimanche 9. Soleil et pluie. Je m\u2019occupe l\u2019apr\u00e8s midi \u00e0 fendre du bois. Dans la soir\u00e9e, nous apprenons que Poincar\u00e9 a pass\u00e9 quelques moments \u00e0 Mareuil, de 4 h \u00e0 5 h du soir.<\/p>\n<p>Lundi 10, Mardi 11. Rien de particulier. Calme dans le secteur.<\/p>\n<p>Mercredi 12. Nous apprenons aujourd\u2019hui que l\u2019op\u00e9ration des Dardanelles, engag\u00e9e le 8 F\u00e9vrier 1915 par le bombardement des forts de l\u2019entr\u00e9e des D\u00e9troits, s\u2019est termin\u00e9e le 8 Janvier 1916 par l\u2019\u00e9vacuation totale de la presqu\u2019\u00eele de Gallipoli.<br \/>\nElle a co\u00fbt\u00e9 en hommes, du c\u00f4t\u00e9 Anglais, 115 000, sur lesquels plus de 25 000 tu\u00e9s\u2026 En mat\u00e9riel, 5 cuirass\u00e9s (dont 1 fran\u00e7ais et 2 belges), 2 transports (dont 1 fran\u00e7ais, le Carthage), et que le Mont\u00e9n\u00e9gro est dans une situation critique.<\/p>\n<p>Jeudi 13, Vendredi 14. Rien de saillant.<\/p>\n<p>Samedi 15. Rel\u00e8ve. A 5 h, j\u2019arrivais \u00e0 l\u2019\u00e9chelon.<br \/>\nDurant la semaine \u00e9coul\u00e9e, j\u2019ai fait quelques photos miniatures de la position de batterie.<\/p>\n<p>Dimanche 16. Apr\u00e8s avoir pris un bon caf\u00e9, je vais \u00e0 Haute Avesnes o\u00f9 Lamothe doit me donner le colis envoy\u00e9 par Jeanne. Nous le mangeons ensemble, en compagnie de Chanat. (P\u00e2t\u00e9 truff\u00e9).<br \/>\nApr\u00e8s avoir pris le digestif avec Louis Treuil, nous allons \u00e0 La Ress\u00e9e, puis nous revenons d\u00eener au m\u00eame h\u00f4tel o\u00f9 nous avons d\u00e9jeun\u00e9, et o\u00f9 nous terminons le colis extra de Py.<br \/>\nA 7 h \u00bd, j\u2019\u00e9tais \u00e0 l\u2019\u00e9chelon, Bois d\u2019 Habarcq, Pas de Calais.<\/p>\n<p>Lundi 17. R\u00e9veil \u00e0 5 h. Je soigne le cheval de Chaussard qui va me porter \u00e0 Le Corroy o\u00f9 je vais passer la journ\u00e9e avec Antonin.<br \/>\nA 9 h, nous \u00e9tions ensemble. Il m\u2019annonce aussit\u00f4t qu\u2019il est relev\u00e9, vers\u00e9 dans une batterie de 58 mm au 21e corps. Quelle \u2018sale\u2019 nouvelle !<br \/>\nOn se \u2018remonte\u2019. Nous d\u00e9jeunons \u00e0 la pi\u00e8ce, nous allons prendre le caf\u00e9 en compagnie de Lapeyre, de Malepeyre, puis nous assistons \u00e0 une revue pass\u00e9e par le G\u00e9n\u00e9ral (Il n\u2019a pas du savoir son nom. Ndx), o\u00f9 nous rencontrons M. Bruel. De l\u00e0, nous allons \u00e0 la chambre d\u2019artillerie mettre quelques d\u00e9tails au net, et \u00e0 5 h nous nous trouvions r\u00e9unis chez d\u2019aimables boulangers, \u2018h\u00f4teliers pour la dur\u00e9e de la guerre\u2019, pour d\u00eener.<br \/>\nLa principale conversation a trait \u00e0 son nouvel emploi\u2026 Puis nous r\u00e9veillonnons chez ses \u2018patrons\u2019 (charron).<br \/>\nA minuit, je le quittais pour rejoindre le cantonnement o\u00f9 j\u2019arrivais sans encombres le :<\/p>\n<p>Mardi 18. \u00e0 2 h du matin. Je me couchais aussit\u00f4t, lorsque, vers 4 h du matin, Clerfeuille et moi sommes r\u00e9veill\u00e9s par des cris : \u00ab Au secours ! au secours ! \u00bb<br \/>\nT\u00e9tard, dans un acc\u00e8s de folie venait, \u00e0 3 m de notre gourbi, de plonger 6 coups de couteau \u00e0 B\u00e9niteau, que nous pansons aussit\u00f4t.<br \/>\nA 7 h, je me recouchais pour me relever \u00e0 10 h o\u00f9 je me met \u00e0 \u00e9crire.<br \/>\nLe soir : triste. Visite du Capitaine, du Commandant, enqu\u00eate. L\u2019un est \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, l\u2019autre en prison\u2026\u2026..<br \/>\nJe vais \u00e0 Harmonville voir la S. A. ( ? Ndx) pour le cas d\u2019 Antonin.<\/p>\n<p>Mercredi 18 \u00e0 Samedi 21. En g\u00e9n\u00e9ral, rien. Question militaire, voir affaire du Mont\u00e9n\u00e9gro.<\/p>\n<p>Dimanche 22. R\u00e9veil \u00e0 5 h \u00bd par un roulement continu des pi\u00e8ces d\u2019artillerie, lequel dure au moins une heure. Que se passe-t-il l\u00e0 haut ?<br \/>\nVers midi, nous apprenons que les boches ont attaqu\u00e9 \u00e0 \u2018l\u2019improviste\u2019 et se sont empar\u00e9s de la 1re ligne\u2026<br \/>\nApr\u00e8s d\u00e9jeuner, je vais \u00e0 Tilloy les Hermavilles passer la soir\u00e9e avec Fran\u00e7ois Peyrebrune.<br \/>\nA 7 h, j\u2019\u00e9tais de retour au cantonnement o\u00f9 je trouve Audoin pr\u00eat \u00e0 partir en permission.<\/p>\n<p>Lundi 24. Toute la nuit, tout le jour, bombardement. Le soir, les boches font sauter des mines.<\/p>\n<p>Mardi 25. Au r\u00e9veil, j\u2019apprends qu\u2019 Antonin est d\u00e9j\u00e0 \u00e0 son poste !<br \/>\nL\u2019apr\u00e8s midi, je vais \u00e0 Mareuil prendre de ses nouvelles. Je trouve ses camarades tous \u00e9motionn\u00e9s me montrant leur logis \u00e9cras\u00e9 par un obus. Antonin est reparti \u00e0 la tranch\u00e9e.<br \/>\nTout le jour, bombardement.<\/p>\n<p>Mercredi 26. M\u00eame vie. L\u2019\u00e9chelon monte tous les soirs ravitailler\u2026<br \/>\n1re batterie, un mort, Bouchard, un bless\u00e9, Herse.<br \/>\n2e batterie, Capitaine Venante, bless\u00e9.<br \/>\nChez nous, heureusement rien.<\/p>\n<p>Jeudi 27. Je monte l\u2019apr\u00e8s midi \u00e0 Mareuil passer un moment avec Antonin. Nous nous s\u00e9parons le c\u0153ur un peu gros. Il est plus militant que moi !\u2026<br \/>\nLes attaques continuent.<\/p>\n<p>Vendredi 28. Je n\u2019ai pu dormir de la nuit tant le bombardement a \u00e9t\u00e9 sauvage.<br \/>\nLe d\u00e9placement d\u2019air \u00e0 chaque coup de nos grosses pi\u00e8ces ou des \u00e9clatement des gros obus de l\u2019ennemi se faisait sentir jusqu\u2019\u00e0 nous\u2026 Nerfs\u2026 Trac\u2026<\/p>\n<p>Samedi 39. ( !! Nerf\u2026 trac\u2026 en effet! Ndx) Dernier jour d\u2019une triste et angoissante semaine pour tout le 2e corps.<br \/>\nMais\u2026 les entonnoirs cr\u00e9es par l\u2019explosion des mines saut\u00e9es par l\u2019ennemi sont toujours disput\u00e9s par les adversaires.<br \/>\nLa veille, j\u2019avais conduit Chanat \u00e0 Aubigny pour sa permission.<\/p>\n<p>Dimanche 30. Le bombardement reste intense dans le secteur\u2026<br \/>\nJamais plus nous n\u2019avions entendu un tel bombardement ni subi d\u2019attaques aussi violentes. Que pense faire l\u2019ennemi ? Toujours est-il qu\u2019il ne passera pas\u2026\u2026\u2026<\/p>\n<p>Lundi 31. Le bombardement est moins intense. L\u2019ennemi qui, au d\u00e9but de la semaine derni\u00e8re \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 notre tranch\u00e9e de soutien conserve encore notre premi\u00e8re ligne.<br \/>\nD\u00e8s le soir, on a l\u2019impression que le calme rena\u00eet.<\/p>\n<p><strong>F\u00c9VRIER<\/strong><\/p>\n<p>Mardi 1er. Accalmie.<\/p>\n<p>Mercredi 2 Jeudi 3. Par nous attaque. 50e. 2 fois. Re-50e.<\/p>\n<p>Vendredi 4. Retour d\u2019 Audoin.<\/p>\n<p>Samedi 5. D\u00e9part \u00e0 9 h du cantonnement pour aller relever Delori\u00e8re, mais, avec Audoin, nous nous arr\u00eatons \u00e0 Mareuil pour d\u00e9jeuner avec Antonin qui est au repos. Nous y arrivons \u00e0 10 h \u00bd.<br \/>\nA peine entr\u00e9 dans la caserne, je trouve Romain, relev\u00e9 \u00e9galement dans la nuit. Nous allons ensemble pour surprendre mon fr\u00e8re. Nous nous croisons en chemin, et surprise, il est en compagnie de Pichot.<br \/>\nNous voil\u00e0 donc un groupe intime dispos\u00e9 \u00e0 passer un bon moment ensemble, chose que nous faisons jusqu\u2019\u00e0 2 h \u00bd, puis nous partons \u00e0 la batterie.<br \/>\nA 7 h, j\u2019\u00e9tais de retour \u00e0 la batterie. J\u2019\u00e9cris.<\/p>\n<p>Dimanche 6. Je suis presque assur\u00e9 que je partirai \u00e0 nouveau en permission le 10 prochain.<\/p>\n<p>Lundi 7. J\u2019ai l\u2019occasion de voir \u00e0 Haute Avesnes notre nouveau G\u00e9n\u00e9ral Marbacq, 45 ans.<\/p>\n<p>Mardi 8. A 3 h, attaque par les boches.<br \/>\nLe soir, je d\u00eene avec Chanat.<\/p>\n<p>Mercredi 9. Je vais \u00e0 Ecouvre. (douche)<\/p>\n<p>Jeudi 10. R\u00e9veil 6 h \u00bd. Je vais \u00e0 cheval \u00e0 Mareuil prendre des nouvelles d\u2019 Antonin. Au retour, je passe au bureau o\u00f9 j\u2019apprends que ma permission a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e. L\u2019apr\u00e8s midi, je me pr\u00e9pare.<br \/>\nA 4 h violent bombardement dans la gauche du secteur.<br \/>\nA 5 h, repas\u2026<br \/>\nA 6 h j\u2019ai ma permission. Il est 10 h. Je vais partir au train \u00e0 Aubigny.<\/p>\n<p>Vendredi 11. D\u00e9part d\u2019 Aubigny \u00e0 2 h du matin. Nous allons jusqu\u2019\u00e0 Clermont o\u00f9 nous arrivons \u00e0 11 h sans changer de train. De l\u00e0, d\u00e9part \u00e0 3 h pour Juvisy ( grande ceinture). Nous prenons l\u00e0 \u00e0 minuit un express qui, apr\u00e8s 4 ou 5 arr\u00eats, me d\u00e9pose \u00e0 Brive.<br \/>\nA 7 h \u00bd le matin du<\/p>\n<p>Samedi 12. Je trouve L\u00e9a, Marie, Nana et Lulu \u00e0<\/p>\n<p>Ici, quatre pages ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9coup\u00e9es. Ensuite, c\u2019est l\u2019\u00e9criture (authentifi\u00e9e par Katie) de Mam\u00e8e (Jeanne) jusqu\u2019au 1er Mai.<br \/>\nHypoth\u00e8se : A la fin de sa permission, L. A. a oubli\u00e9 son carnet \u00e0 Py et a envoy\u00e9 ses notes \u00e0 sa fianc\u00e9e qui les a recopi\u00e9es, mais elle n\u2019a pas du trouver \u00e0 son go\u00fbt sa relation de sa permission avec elle, d\u2019o\u00f9\u2026 ciseaux !<br \/>\nIl a du recevoir le carnet le 1er Mai avec la \u00ab bonne lettre de Jeanne \u00bb, car ensuite, c\u2019est \u00e0 nouveau son \u00e9criture\u2026.Ndx !<\/p>\n<p>\u2026Verdun, laquelle para\u00eet vouloir continuer avcc acharnement.<\/p>\n<p>Mardi 29. Cl\u00f4ture le 19e mois de la guerre. Le bruit circule que nous serons sous peu relev\u00e9s par les Anglais\u2026..<\/p>\n<p><strong>MARS<\/strong><\/p>\n<p>Mercredi 1er. Les journaux de ce jour nous apprennent la perte du transatlantique \u2018Provence\u2019 coul\u00e9 le 26 F\u00e9vrier.<\/p>\n<p>Jeudi 2. Les permissions sont suspendues.<\/p>\n<p>Vendredi 3. Rien.<\/p>\n<p>Samedi 4, Dimanche 5. L\u2019apr\u00e8s midi, avec Boissi\u00e8re, je vais \u00e0 Duisan voir quelques amis de la 112e artillerie lourde. Nous y trouvons M. Kein. La lutte devant Verdun continue avec le m\u00eame acharnement. (15e jour)<\/p>\n<p>Lundi 6. Arriv\u00e9e \u00e0 la 2e batterie de Delmas de Masseret, ancien Mar\u00e9chal des Logis du 90e Champagne.<\/p>\n<p>Mardi gras 7. Nous le f\u00eatons \u00e0 Hermaville en compagnie de Mathieu, Gaston, Delmas et autres amis. (Neige)<\/p>\n<p>Mercredi 8. Arriv\u00e9e en masse d\u2019infanterie et d\u2019artillerie anglaises.<\/p>\n<p>Jeudi 9. Avalanche d\u2019 Anglais\u2026 A 3 h, Antonin arrive, voulant \u00e0 son tour me faire la surprise d\u2019avoir de suite des nouvelles de la famille, du pays, des affaires. Nous allons d\u00eener tous les deux \u00e0 Hermaville.<br \/>\nRetour \u00e0 9 h \u00bd au cantonnement (Bois d\u2019 Habareq) o\u00f9 nous nous couchons aussit\u00f4t.<\/p>\n<p>Vendredi 10. R\u00e9veil \u00e0 7 h. D\u00e9jeuner, puis courses dans la neige\u2026 A 11 h, je l\u2019accompagne sur la route d\u2019 Arras \u00e0 Saint Pol o\u00f9 il trouve une auto qui le ram\u00e8ne chez lui.<br \/>\nAu retour, j\u2019apprends que nous serons relev\u00e9s sans tarder.<\/p>\n<p>Samedi 11 au lundi 13. Pr\u00e9paratifs de d\u00e9part.<\/p>\n<p>Mardi 14. A 0 h 30, nos quittons le bois d\u2019 Habareq o\u00f9 la batterie de tir est venue nous rejoindre.<br \/>\nNous arrivons \u00e0 Moucheaux \u00e0 11 h. Nous cantonnons chez des gens qui viennent d\u2019apprendre la mort de leur fils devant Verdun. Ils sont tr\u00e8s aimables et nous font notre cuisine. (Lessiveuse m\u00e9canique, mascotte)<\/p>\n<p>Mercredi 15. R\u00e9veil 7 h ; Nous d\u00e9jeunons au lait, rangeons nos affaires.<br \/>\nA midi, nous prenons la direction de Couchy o\u00f9 nous arrivons \u00e0 4 h (Pas de pain \u00e0 Moucheaux, pas de pain ici, heureusement, l\u2019habitant est muni.)<br \/>\nNous couchons dans une vieille masure. (Paille pourrie)<\/p>\n<p>Jeudi 16. R\u00e9veil 8 h. L\u2019on nous annonce que nous embarquons \u00e0 Fr\u00e9vent dans la soir\u00e9e.<br \/>\nA 4 h, nous quittons Couchy. A 7 h, nous embarquons \u00e0 la gare de Fr\u00e9vent chevaux et mat\u00e9riel, \u00e0 10 h, d\u00e9part.<\/p>\n<p>Vendredi 17. Nous nous r\u00e9veillons \u00e0 6 h \u00bd \u00e0 Ailly sur Noye o\u00f9 nous d\u00e9barquons. Nous voil\u00e0 revenus dans la Somme .<br \/>\nA 8 h, d\u00e9part pour aller cantonner \u00e0 La Falaise. Nous sommes log\u00e9s chez de bons vieux (A. Guyard)<br \/>\nApr\u00e8s d\u00e9jeuner, nettoyage du mat\u00e9riel, puis nous visitons le patelin tr\u00e8s coquet.<\/p>\n<p>Samedi 18. J\u2019\u00e9cris. Je vais prendre le caf\u00e9 au \u2018Chalet\u2019 pr\u00e8s de la gare.<\/p>\n<p>Dimanche 19. R\u00e9veil 8 h. Vernissage du mat\u00e9riel. L\u2019apr\u00e8s midi, nous faisons une excursion dans la r\u00e9gion.<br \/>\nLundi 20. Nous visitons le ch\u00e2teau de La Falaise, la chambre de Henri IV o\u00f9 il rencontra la belle Gabrielle.<br \/>\nLe pr\u00e9c\u00e9dent propri\u00e9taire du ch\u00e2teau fut l\u2019inventeur des phosphates.<\/p>\n<p>Mardi 21. Un mois que les boches attaquent avec une rage inou\u00efe Verdun et ses environs. Nous nous arrachons les journaux\u2026<br \/>\nEtant au repos, nous craignons d\u2019\u00eatre \u2018bons\u2019 pour y aller faire un tour\u2026<\/p>\n<p>Mercredi 22 au Mercredi 29. Nous jouissons de notre repos assez agr\u00e9ablement ; nos menus sont des plus vari\u00e9s.<br \/>\nMadame Guyard, excellente cuisini\u00e8re, va jusqu\u2019\u00e0 nous faire des \u0153ufs au lait\u2026 Grand extra pour des \u2018poilus\u2019, sans oublier le gibier que Gaston prenait \u00e0 foison.<br \/>\nTout allait pour le mieux lorsque<\/p>\n<p>Lundi 30. Alerte \u00e0 5 h : La 1re batterie quitte le pays \u00e0 8 h du matin, nous \u00e0 midi. Adieu aux amis : Barrigues, instituteur, Blangny (journaux), aux proprios !<br \/>\nA 5 h, nous avions tout embarqu\u00e9 \u00e0 la gare d\u2019 Ailly sur Noye. En route aussit\u00f4t pour une nouvelle destination\u2026 Nuit froide\u2026<\/p>\n<p>Vendredi 31. R\u00e9veil aux environs de Paris, grande Ceinture .A 7 h, nous \u00e9tions \u00e0 Champigny. (Carte J Cap. Clich\u00e9).<br \/>\nNous traversons la for\u00eat de Rambouillet (faisans), puis par Longueville o\u00f9 se trouve un grand d\u00e9p\u00f4t du g\u00e9nie. (fils, ronces, t\u00f4les)<br \/>\nNous prenons la lignes de Troyes o\u00f9 nous arrivons \u00e0 3 h de l\u2019apr\u00e8s midi. J\u2019envoie quelques cartes de Bar sur Aube o\u00f9 nous nous ravitaillons pour notre d\u00eener, apr\u00e8s lequel nous nous endormons jusqu\u2019\u00e0 Gondrecourt o\u00f9 nous arrivons \u00e0 minuit\u2026<br \/>\nEt la roue se continue jusqu\u2019\u00e0 Ligny en Barrois, terme de notre voyage. Il est 2 h du matin, soit 31 h de chemin de fer !<\/p>\n<p><strong>AVRIL<\/strong><\/p>\n<p>Samedi 1er. A 3 h du matin, nous comprenons que, malgr\u00e9 le grand d\u00e9tour que l\u2019on nous a fait faire, nous allons dans la direction de Verdun\u2026 Comme Poisson\u2026 C\u2019est bien servi !\u2026 Mais avec trop d\u2019ar\u00eates !\u2026<br \/>\nA 3 h \u00bd, le capitaine commande : \u00ab A cheval ! \u00bb et en route vers Dommarie o\u00f9 nous arrivons \u00e0 11 h du matin. Nous venons de faire 40 km. Aussi nous tarde-t-il de nous reposer.<br \/>\nNous cantonnons chez Monsieur Salin (fonderie). Dans la soir\u00e9e, je visite ces ateliers modernes travaillant pour la guerre. (Volants de 30 000 kgs \u2013 Mouleur : un mois, 600 Frs)<br \/>\nA 7 h, au lit.<\/p>\n<p>Dimanche 2. R\u00e9veil 5 h. Surprise p\u00e9nible : le Capitaine Thaou a re\u00e7u l\u2019ordre de rejoindre Fontainebleau comme instructeur\u2026 Il nous quitte !\u2026<br \/>\nIl nous r\u00e9unit, nous exprime ses regrets d\u2019\u00eatre oblig\u00e9 d\u2019abandonner cette batterie qu\u2019il commande depuis plus d\u2019un an. Et c\u2019est les larmes dans les yeux qu\u2019il nous serre la main \u00e0 tous. Le Lieutenant Tourreau de la 1re batterie le remplace.<br \/>\nA 9 h, d\u00e9part pour Coud\u00e9. Encore 30 km \u00e0 faire sur nos caissons rembourr\u00e9s ! Cela doit presser !<br \/>\nSur le parcours, nous traversons Rembercourt (\u00e9glise) , Beauz\u00e9e enti\u00e8rement d\u00e9truits.<br \/>\nA 3 h, arriv\u00e9e au cantonnement o\u00f9 nous bivouaquons. Nous trouvons dans ce patelin les 4e et 5e Zouave qui ont enray\u00e9 la marche des boches sur Douaumont du 24 F\u00e9vrier au 4 Mars !\u2026<\/p>\n<p>Lundi 3. R\u00e9veil 7 h, d\u00e9part \u00e0 8 h \u00bd pour Osches o\u00f9 nous bivouaquons avec le 2e et 3e groupe.<\/p>\n<p>Mardi 4. R\u00e9veil 7 h, d\u00e9part 9 h. Nous arrivons \u00e0 4 h au Bois des Sartelles o\u00f9 seront install\u00e9s les avant-trains et l\u2019\u00e9chelon.<br \/>\nLes deux premi\u00e8res pi\u00e8ces de tir partent \u00e0 6 h pour aller prendre position \u00e0 gauche de Verdun. Clerfeuille et moi les accompagnons comme brancardiers. Beau d\u00e9but ! Nous arrivons sur la position le :<\/p>\n<p>Mercredi 5. \u00e0 1 h du matin. A 2 h, je m\u2019endormais dans une redoute bien ciment\u00e9e. R\u00e9veil 8 h.<br \/>\nQuel horizon ! Le sol est cribl\u00e9 de trous espac\u00e9s les uns les autres de 10 m au plus\u2026<br \/>\nC\u2019est le 27e d\u2019artillerie du 1er corps que nous relevons. Ces soldats nous racontent ce qu\u2019ils ont vu et entendu depuis 3 semaines qu\u2019ils occupent le secteur.<br \/>\nD\u00e8s midi, nous assistons \u00e0 un bombardement en r\u00e8gle de Verdun et de toute la r\u00e9gion avec des obus de gros calibre. Il s\u2019att\u00e9nue vers 5 h du soir seulement.<\/p>\n<p>Jeudi 6. M\u00eame bombardement que la veille. Vers 4 h du soir, nous recevons des (obus de.. Ndx) 210 \u00e0 rupture\u2026 D\u00e9moralisant !..<\/p>\n<p>Vendredi 7. Toujours m\u00eame situation. Depuis 8 jours nous ne touchons qu\u2019un quart de vin par jour, et rien, absolument rien dans la r\u00e9gion\u2026 Tous les civils l\u2019ont \u00e9vacu\u00e9e.<\/p>\n<p>Samedi 8. Nous recevons l\u2019ordre de tenir co\u00fbte que co\u00fbte !!\u2026<\/p>\n<p>Dimanche 9. Grande attaque ennemie. Violents bombardements. Un seul bless\u00e9 : Lagarde, Sous-Chef.<br \/>\nNous avons re\u00e7u au moins 500 obus de 150 et 210 dans cette journ\u00e9e\u2026<\/p>\n<p>Lundi 10. Matin\u00e9e calme, mais d\u00e8s midi l\u2019ennemi bombarde \u00e0 nouveau nos positions avec une violence inou\u00efe.<br \/>\nDe 2 h \u00e0 2 h \u00bd et de 4 h \u00e0 4 h 20, nous recevons 6 \u00e0 7 gros obus \u00e0 la minute (408 exactement dans l\u2019apr\u00e8s midi, compt\u00e9s du poste d\u2019observation). Pas un seul bless\u00e9, mais 4 canons et 2 caissons hors d\u2019usage.<br \/>\nA 8 h, Gaston et moi prenons la route de l\u2019\u00e9chelon pour 6 jours.<\/p>\n<p>Mardi 11. Quel soupir de soulagement de se trouver l\u00e0, en plein air et sans danger !<br \/>\nA 2 h, nous allons laver notre linge. Au retour, triste nouvelle re\u00e7ue par t\u00e9l\u00e9phone : 9 camarades de la 1re batterie ont \u00e9t\u00e9 ensevelis (Guillemont, Dallin\u2026). La canonnade fait rage\u2026<br \/>\nMercredi 12 au Samedi 15. Repos en tout et pour tout. Malheureusement, il pleut, presque impossible de sortir.<br \/>\nDurant ces quelques jours, j\u2019ai eu le plaisir de voir l\u2019abb\u00e9 P\u00e9ricoy, Moinac, M . Reix.<\/p>\n<p>Dimanche 16. Cl\u00f4ture notre repos. J\u2019\u00e9cris, et \u00e0 6 h d\u00e9part pour les batteries o\u00f9 nous sommes \u00e0 7 h \u00bd, \u00e0 la grande satisfaction de nos camarades\u2026<\/p>\n<p>Lundi 17. Nouvelle grande attaque de l\u2019ennemi, lequel, apr\u00e8s un violent bombardement commenc\u00e9 \u00e0 8 h, nous envoie, \u00e0 10 h \u00bd, des obus lacrymog\u00e8nes que nous supportons assez facilement\u2026 ( Cueille de Tulle bless\u00e9 )\u2026<br \/>\nLa positon reconnue intenable, nous la quittons sans regrets \u00e0 9 h du soir pour venir nous installer au Fort du Chana o\u00f9 nous sommes plus en s\u00e9curit\u00e9. ( voyage avec Couche ) Arriv\u00e9e \u00e0 11 h du soir.<br \/>\nNous occupons aussit\u00f4t le poste laiss\u00e9 en assez bon \u00e9tat par nos pr\u00e9d\u00e9cesseurs. L\u2019un d\u2019eux, Coudert de Beaulieu regrettait plus cette position que nous la n\u00f4tre\u2026<\/p>\n<p>Mardi 18. Etablissement de haies pour nous d\u00e9rober \u00e0 la vue des observateurs et am\u00e9nagement de notre int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Mercredi 19. M\u00eame emploi du temps que la veille. La canonnade fait rage \u00e0 droite et \u00e0 gauche de notre position.<\/p>\n<p>Jeudi 20. Rien \u00e0 signaler.<\/p>\n<p>Vendredi 21. Pluie.<\/p>\n<p>Samedi 22. R\u00e9veil 8 h \u00bd. A 7 h du soir, nous descendons au repos.<\/p>\n<p>Dimanche 23. P\u00e2ques\u2026 Quelles P\u00e2ques !\u2026<\/p>\n<p>Lundi 24. J\u2019\u00e9cris\u2026<\/p>\n<p>Mardi 25 au Dimanche 30. Pluie et beau temps !\u2026 Le 26, je vais faire quelques emplettes \u00e0 Souilly o\u00f9 tout est hors de prix et\u2026 \u00e0 15 km de l\u2019\u00e9chelon.<\/p>\n<p><strong>MAI<\/strong><\/p>\n<p>Lundi 1er. Je re\u00e7ois de bonnes lettres de Jeanne et d\u2019 Antonin.<\/p>\n<p>Mardi 2. Mercredi 3. Beau temps . Visite d\u2019 Avril que nous n\u2019avions pas vu depuis son d\u00e9part de la 3e batterie \u00e0 Saint Vast en Chauss\u00e9e.<\/p>\n<p>Jeudi 4. Retour aux batteries o\u00f9 nous apprenons que nous allons quitter le Fort du Chana pour aller prendre position pr\u00e8s de la ferme Bamont dans un bois au sud du Fort de Marre.<\/p>\n<p>Vendredi 5. Derni\u00e8re journ\u00e9e tranquille au Fort du Chana. Vers 3 h, pressentiment d\u2019orage.<br \/>\n\u00bd h apr\u00e8s, 6 ballons captifs (saucisses), se d\u00e9tachent de leurs amarres, s\u2019\u00e9l\u00e8vent en bondissant et se dirigent, pouss\u00e9s par le vent, dans la direction de l\u2019ennemi. Sc\u00e8ne poignante : un seul, Boileau, r\u00e9ussit \u00e0 s\u2019\u00e9lancer en parachute et tombe de 1 500 \u00e0 2 000 m dans les marais de la Meuse vers Charny.<\/p>\n<p>Samedi 6. R\u00e9veil \u00e0 2 h du matin pour aller construire nos abris, la position de batterie, et nous, notre poste de secours. Triste position.<\/p>\n<p>Dimanche 7. Comme la veille, r\u00e9veil \u00e0 2 h du matin. D\u00e8s 4 h, nous \u00e9tions au travail.<br \/>\nMatin\u00e9e assez calme, lorsque, vers 9 h, nous recevons une rafale de gros obus. Personne de touch\u00e9. Nous nous sauvons dans des tranch\u00e9es provisoires. Durant le parcours, une deuxi\u00e8me rafale blesse 4 hommes, dont 2 gri\u00e8vement.<br \/>\nAux premiers appels, je sors \u00e0 leur secours. Le premier me meurt dans les bras et nous transportons le deuxi\u00e8me au poste de secours.<br \/>\nP\u00e9nible journ\u00e9e. Nous arrivons vers 7 h du soir \u00e0 notre ancienne position o\u00f9 sont encore nos affaires.<\/p>\n<p>Lundi 8. Repos. J\u2019\u00e9cris.<\/p>\n<p>Mardi 9. R\u00e9veil \u00e0 2 h. Nous allons terminer l\u2019installation de la position.<br \/>\nJe cause au Lieutenant Nicoleau de mon d\u00e9sir de rentrer aux tracteurs avec mon fr\u00e8re, en \u00e9voquant la circulaire du 27 D\u00e9cembre 1915 qui devait me relever, et pour laquelle il m\u2019avait conseill\u00e9 de rester.<br \/>\nApr\u00e8s un long entretien, il me dit de faire ma demande, et qu\u2019il l\u2019appuiera aupr\u00e8s du Capitaine !<br \/>\nLe soir, nous allons chercher nos affaires au Fort du Chana. Canons, caissons ; nous arrivons \u00e0 10 h \u00e0 la ferme Bamont.<br \/>\nA 11 h, nous \u00e9tions au lit. Quelle nuit !\u2026 1 h de repos.<\/p>\n<p>Mercredi 10. La journ\u00e9e se passe \u00e0 am\u00e9nager notre gourbi.<br \/>\nLe soir, nous sommes relev\u00e9s, Gaston et moi, par Audoin et Delori\u00e8re.<\/p>\n<p>Jeudi 11. Je trouve quelques bouteilles de vin vieux. Je d\u00eene avec Mathieu.<\/p>\n<p>Vendredi 12. J\u2019\u00e9cris.<\/p>\n<p>Samedi 13. Averse \u00e9pouvantable. J\u2019apprends que ma demande suit normalement la voie hi\u00e9rarchique de l\u2019arm\u00e9e.<\/p>\n<p>Dimanche 14. Le bruit circule que nous allons \u00eatre relev\u00e9s.<\/p>\n<p>Lundi 15. Je vais voir Romain qui vient d\u2019\u00eatre relev\u00e9 de la ferme de Thiaumont o\u00f9 ils sont rest\u00e9s 2 jours sans pain !<\/p>\n<p>Mardi 16. Apr\u00e8s un repos trop rapidement pass\u00e9, nous remontons avec Beaudry \u00e0 la batterie de tir !\u2026 \u00c7a cogne toujours.<\/p>\n<p>Mercredi 17. Journ\u00e9e assez calme. Ma demande a \u00e9t\u00e9 approuv\u00e9e par le colonel et a \u00e9t\u00e9 transmise au G\u00e9n\u00e9ral.<br \/>\nLe soir, j\u2019apprends par Gaston qu\u2019au rapport a paru ma citation propos\u00e9e par le Capitaine Toureau au sujet de la matin\u00e9e du 7.<\/p>\n<p>Jeudi 18, Vendredi 19. Bombardement de gros calibres.<\/p>\n<p>Samedi 20. Nous recevons dans le bois que nous occupons au moins 1 000 obus de 77. Quelle journ\u00e9e !!<\/p>\n<p>Dimanche 21. R\u00e9veil 3 h. Comme les jours pr\u00e9c\u00e9dents, pour camoufler la position, d\u00e8s 4 h nous la\u00e7ons 300 obus asphyxiants par batterie sur les batteries adverses.<br \/>\nD\u00e8s midi, nous recevons un violent bombardement d\u2019obus de gros calibre sur la batterie qui ne se termine qu\u2019\u00e0 3 h. 3 de ces obus sont tomb\u00e9s aux abords du gourbi.<br \/>\nA 3 h \u00bd, par t\u00e9l\u00e9phone, arrive l\u2019heureuse nouvelle que j\u2019\u00e9tais affect\u00e9 comme chauffeur aux lourds.<br \/>\nQUELLE HEURE GLORIEUSE.<\/p>\n<p>A 8 h, j\u2019avais fait mes adieux aux amis et je descendais \u00e0 l\u2019\u00e9chelon.<\/p>\n<p>Lundi 22. R\u00e9veil \u00e0 6 h par le Chef qui m\u2019annonce que je suis attendu \u00e0 la division avant 9 h, pour qu\u2019on me remette mes papiers de route et ma croix.<br \/>\nA 9 h, j\u2019arrive aux casernes de Jardin Fontaine. Je me pr\u00e9sente au Colonel qui me fait expliquer le motif de ma citation et me remet devant les officiers pr\u00e9sents la \u2018Croix de Guerre\u2019 que je re\u00e7ois avec une certaine \u00e9motion.<br \/>\nJe vais ensuite dire bonjour \u00e0 Louis Treuil, et de l\u00e0 je rejoins mon cantonnement, tout heureux de ma situation.<br \/>\nJe d\u00e9jeune avec Louis et Henri Audoin (Cur\u00e9 d\u2019 Aubazine) . Louis m\u2019accompagne avec Chanat \u00e0 la gare de Nix\u00e9ville d\u2019o\u00f9 je vais \u2018incognito\u2019 jusqu\u2019\u00e0 Bar le Duc.<br \/>\nD\u00e9part de Bar \u00e0 8 h, Arriv\u00e9e \u00e0 Paris<\/p>\n<p>Mardi 23. \u00e0 6 h. Je me dirige aussit\u00f4t via Boulogne o\u00f9 je trouve Antonin. Je lance 2 t\u00e9l\u00e9grammes et nous d\u00e9jeunons ensemble.<br \/>\nL\u2019apr\u00e8s midi, nous circulons \u2018libres et ind\u00e9pendants\u2019 dans la capitale o\u00f9 nous d\u00eenons dans un \u2018bath\u2019 restaurant. Nous nous quittons \u00e0 9 h. Je vais me coucher H\u00f4tel Astoria\u2026<\/p>\n<p>Mercredi 24. R\u00e9veil 6 h \u00bd. Je vais me faire inscrire au 2e r\u00e9giment d\u2019 Artillerie Lourde de Vincennes ( Fort de Vincennes ), d\u2019o\u00f9 le suis dirig\u00e9 par Noisy le Grand \u00e0 la 61e batterie.<br \/>\nD\u00e8s mon affectation dans cette batterie, je repars pour Boulogne voir Antonin. Je le rejoins au Parc d\u2019o\u00f9 il sort tout \u00e9quip\u00e9, pr\u00eat \u00e0 partir \u00e0 la 34e batterie, 13e Artillerie.<br \/>\nRetour \u00e0 9 h \u00bd \u00e0 Noisy.<br \/>\nJeudi 25. R\u00e9veil 6 h. Je pr\u00e9pare quelques affaires. J\u2019\u00e9cris.<br \/>\nA 9 h, je suis re\u00e7u par le Colonel auquel je r\u00e9clame une permission.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>&#8211; @ &#8211;<\/strong><\/p>\n<p><em>Ici se termine le 3e carnet de Guerre. J\u2019y ai trouv\u00e9 deux violettes s\u00e9ch\u00e9es entre les pages, une carte des environs de Verdun annot\u00e9e (pi\u00e8ce jointe), un petit article d\u00e9coup\u00e9 qui dit : \u2018 Dans une lettre au Maire de Sum\u00e9ne, Chef-lieu du canton qu\u2019il repr\u00e9sente au Conseil G\u00e9n\u00e9ral du Gard, le G\u00e9n\u00e9ral Marchand \u00e9crit : \u00ab Je compte avoir repris ma place au front dans 6 semaines, car en ces temps-ci, on a le droit d\u2019\u00eatre mort, mais pas d\u2019\u00eatre malade ! \u00bb<\/em><br \/>\n<em> Pour la suite des \u00e9v\u00e9nements, se reporter \u00e0 \u2018Pass\u00e9 et Pr\u00e9sent\u2019 qu\u2019il a \u00e9crit en 1975.<\/em><\/p>\n<p>Xavier<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>SEPTEMBRE 1916 Dimanche 12. Ma permission est termin\u00e9e. A 0 h 04 minutes, j\u2019embrassais pour une nouvelle date ind\u00e9termin\u00e9e mon oncle Vedrennes, L\u00e9a, Marie, Romain, venus m\u2019accompagner jusqu\u2019au train qui me conduisait aussit\u00f4t vers Paris. J\u2019ai comme compagnon de route M. Chambon satisfait de sa journ\u00e9e et Moinac, peintre, qui vient passer une journ\u00e9e \u00e0 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_bbp_topic_count":0,"_bbp_reply_count":0,"_bbp_total_topic_count":0,"_bbp_total_reply_count":0,"_bbp_voice_count":0,"_bbp_anonymous_reply_count":0,"_bbp_topic_count_hidden":0,"_bbp_reply_count_hidden":0,"_bbp_forum_subforum_count":0},"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/xavier.boutotcom.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/106"}],"collection":[{"href":"https:\/\/xavier.boutotcom.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/xavier.boutotcom.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/xavier.boutotcom.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/xavier.boutotcom.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=106"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/xavier.boutotcom.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/106\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":116,"href":"https:\/\/xavier.boutotcom.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/106\/revisions\/116"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/xavier.boutotcom.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=106"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/xavier.boutotcom.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=106"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/xavier.boutotcom.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=106"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}