{"id":100,"date":"2013-11-11T12:02:00","date_gmt":"2013-11-11T11:02:00","guid":{"rendered":"http:\/\/xavier.boutotcom.com\/?p=100"},"modified":"2013-11-12T14:02:59","modified_gmt":"2013-11-12T13:02:59","slug":"lucien-albert-notes-de-la-guerre-aout-1914-octobre-1914","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/xavier.boutotcom.com\/?p=100","title":{"rendered":"Lucien Albert: Notes de la guerre | ao\u00fbt 1914  &#8211;  octobre 1914"},"content":{"rendered":"<p><strong>Note de Xavier = (ndx):<\/strong>\u00a0 <em>Pour expliquer, pr\u00e9ciser, \u00e9mettre une hypoth\u00e8se ou carr\u00e9ment dire mon incompr\u00e9hension \u2026\u2026\u2026\u2026\u2026..<\/em><br \/>\n<em> Je n\u2019ai pas transcrit tous les points de suspension (souvent toute une ligne) et j\u2019ai rectifi\u00e9 l\u00e9g\u00e8rement (aussi peu que possible) la ponctuation.<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>&#8211; @ &#8211;<\/strong><\/p>\n<h4>Avant la mobilisation<\/h4>\n<p>La quinzaine pr\u00e9c\u00e9dant la mobilisation, je faisais ma tourn\u00e9e aux environs de Py, par Bretenoux.<\/p>\n<p>Le jeudi 30 Juillet, j\u2019\u00e9tais \u00e0 Beaulieu ; je d\u00e9jeunais chez mon ami Coudert, j\u2019allais d\u00eener le soir chez ma ch\u00e8re fianc\u00e9e. Le matin, j\u2019avais pris une commande de 30 tonnes de charbon \u00e0 Mr Ginibi\u00e8re.<\/p>\n<p>Vendredi 31. R\u00e9veil \u00e0 6 h. Je d\u00e9jeune, et sans songer aux bruits de guerre, je pars faire Bretenoux, Liourdes, que je quitte \u00e0 2 h. J\u2019arrive \u00e0 2 h \u00bd \u00e0 Puybrun o\u00f9, H\u00f4tel Rome, Je re\u00e7ois une d\u00e9p\u00eache de mon fr\u00e8re me priant de rentrer.<br \/>\nSans h\u00e9siter, je repars \u00e0 Py, de l\u00e0 gare de Bretenoux o\u00f9 je prends le train pour Brive. J\u2019y arrive \u00e0 6 h \u00bd, je rencontre \u00e0 la gare de nombreux amis mar\u00e9chaux qui allaient sur appel sp\u00e9cial rejoindre leur r\u00e9giment.<br \/>\nL\u2019avenue de la gare est noire de monde . La Maison est\u2026. Sur le qui vive, mes commandes sont l\u00e0, pr\u00eates,\u2026et Antonin m\u2019exprime ses craintes sur la guerre.<\/p>\n<p><strong>AO\u00dbT<\/strong><\/p>\n<p>Samedi 1er . R\u00e9veil \u00e0 6 h. Le personnel est au complet. Nous nous contentons de discuter sur la situation. Je ne pouvais encore croire \u00e0 la Guerre, quand \u00e0 10 h \u00bd, le Sergent Major Lagarde me dit : Je puis presque vous assurer que l\u2019ordre de mobilisation est arriv\u00e9 \u00e0 la poste, il en sortira \u00e0 2 h. Devant ce renseignement, je me d\u00e9cide \u00e0 partir \u00e0 Bretenoux o\u00f9 la veille j\u2019avais laiss\u00e9 ma voiture. J\u2019y arrive \u00e0 2 h \u00bd, de l\u00e0 en auto sans arr\u00eat \u00e0 Py\u2026. Quelles heures\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026 D\u00e9part pour Brive en auto \u00e0 5 h, en arrivant au pont de Carennac, j\u2019 apprends officiellement l\u2019 \u2018Ordre de Mobilisation\u2019 ; en traversant Vayrac, je le vois affich\u00e9 sous le regard de nombreux gens qui pleurent. J\u2019arrive \u00e0 Brive \u00e0 6 h \u00bd, \u2026\u2026.Quel voyage\u2026\u2026\u2026\u2026 Etaient devant la porte ma Tante, tout le personnel. Mon fr\u00e8re \u00e9tait all\u00e9 \u00e0 mon devant\u2026\u2026 Terrible soir\u00e9e !\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026..<br \/>\nAntonin et Emile sortent en ville.<\/p>\n<p>Dimanche 2. R\u00e9veil 6 h. On s\u2019embrasse avec Antonin\u2026 Demain s\u00e9paration ?<br \/>\n1er jour de la mobilisation\u2026 A 8 h, avec Fran\u00e7ois et Clovis, nous emballons nos livres de comptabilit\u00e9. A 9 h, paye du personnel (atelier), \u00e0 midi, d\u00e9jeuner en famille. A 4 h avec Antonin, nous sortons faire un tour en auto en ville. A 5 h ap\u00e9ritif avec tout le personnel. A 6 h chez Ma\u00eetre Eschapasse, notaire, \u00e0 6 h \u00bd, j\u2019\u00e9cris \u00e0 Jeanne. 7 h \u00bd, d\u00eener en famille, \u00e0 10 h \u00bd, repos.<\/p>\n<h4>Apr\u00e8s la Mobilisation<\/h4>\n<p>Lundi 3. R\u00e9veil 6 h. Tante est l\u00e0. J\u2019ai bien le c\u0153ur un peu gros. Debout ! et nous lui confions tout ce que nous avons de plus cher comme souvenirs de famille.<br \/>\nAvec Antonin, nous nous partageons 800 Frs en or, nous prenons notre petit d\u00e9jeuner, un petit baluchon, et en route vers la gare\u2026.S\u00e9paration\u2026. L\u00e9a, Marie\u2026 Nous accompagnent Vedrenne, Romain, une partie du personnel, quelques amis qui rejoignent le m\u00eame r\u00e9giment que nous.<br \/>\nAntonin part le premier vers 8 h, moi le deuxi\u00e8me en compagnie de mon ami Dulmet vers 9 h (via P\u00e9rigueux) o\u00f9 nous arrivons \u00e0 1 h \u00bd, beau voyage. Courtaud \u00e9tait dans le compartiment. A 4 h nous \u00e9tions au quartier o\u00f9 on nous laisse la libert\u00e9 de ressortir jusqu\u2019au lendemain matin 6 h.<\/p>\n<p>Mardi 4. R\u00e9veil 5 h \u00bd\u2026. D\u00e9part du quartier \u00e0 7 h pour aller cantonner au ch\u00e2teau de Landry pr\u00e8s Lesporat \u00e0 9 km de P\u00e9rigueux. A 10 h j\u2019\u00e9tais habill\u00e9, j\u2019avais fait connaissance de mon Capitaine. A midi, j\u2019\u00e9tais de retour \u00e0 P\u00e9rigueux. Dans la soir\u00e9e, je rends visite \u00e0 quelques amis et clients, je fais quelques emplettes et reste coucher \u00e0 P\u00e9rigueux.<\/p>\n<p>Mercredi 5. A 6 h, j\u2019\u00e9tais au cantonnement, rien d\u2019anormal, retour aussit\u00f4t \u00e0 P\u00e9rigueux. M\u00eame emploi du temps que la veille ; le soir, je vais coucher avec Roubier dans une bonne ferme \u00e0 100 m du ch\u00e2teau, apr\u00e8s avoir mal d\u00een\u00e9 \u00e0 P\u00e9rigueux.<\/p>\n<p>Jeudi 6. Pr\u00e9paratifs pour le d\u00e9part sur le Champ de Bataille\u2026. A 5 h, devant le ch\u00e2teau, messe \u00e0 laquelle assiste la 3e batterie.<br \/>\nA mon arriv\u00e9e je fus d\u00e9sign\u00e9 comme brancardier, et comme le portait mon fascicule affect\u00e9 \u00e0 la troisi\u00e8me batterie, 34e artillerie, 7e pi\u00e8ce, Capitaine De Joffre, Lieutenant Castel, Adjudant Barraud, Mar\u00e9chal des logis Bost, Brigadier T\u00e9tard, infirmier Delpeut ; Brancardiers Audoin, Clerfeuille, Rouhier, Albert.<br \/>\nConducteurs : Camion n\u00b0 10 Eseurat, Radet, B\u00e9neteau<br \/>\nCamion n\u00b0 11 Chaumet, Penaud, Legros<br \/>\nCamion n\u00b0 12 Cailleton, Houill\u00e8re, Beauduf\u00e9<br \/>\nServants : Hervat, Martin, Montaricourt.<br \/>\nA 8 h \u00bd, r\u00e9union de toute la batterie par le capitaine qui nous adresse un speech, \u00e0 10 h repas, \u00e0 2 h revue d\u2019ensemble, \u00e0 4 h d\u00e9part pour la gare.<br \/>\nEnthousiasme g\u00e9n\u00e9ral en traversant P\u00e9rigueux. Je dis un grand au revoir \u00e0 Daunat et Mr Pradier. A 7 h \u00bd, tout est embarqu\u00e9 : canons, caissons, voitures diverses. Nous d\u00eenons \u00e0 la clart\u00e9 des lampes \u00e9lectriques de la gare de marchandises. A 10 h, d\u00e9part pour\u2026. Un lieu inconnu.<br \/>\nVendredi 7 et Samedi 8. Toujours en chemin de fer en passant par Limoges, Ch\u00e2teauroux, Bourges, Saint Florent, (Accueil particulier dans cette derni\u00e8re ville o\u00f9 nous passions le Samedi vers 2 h) Saint Dizier, etc., pour arriver \u00e0 10 h (soir) \u00e0 Givry-en Argonne (Marne)<br \/>\nDurant tout ce parcours, distribution de fleurs, d\u2019aliments de la part des habitants de ces 9 d\u00e9partements que nous venions de traverser. Dur\u00e9e de ce trajet : 72 h.<br \/>\nD\u00e8s notre arriv\u00e9e, d\u00e9barquement du mat\u00e9riel, nous terminons \u00e0 minuit.<\/p>\n<p>Dimanche 9. Minuit et demi, d\u00e9part pour La Neuville-Aux-Bois (954 h) (Marne). Arriv\u00e9e 2 h, r\u00e9veil d\u00e8s 5 h , nous logeons chez le cantonnier, nous y faisons nos repas. Repos tout ce Dimanche, ainsi que<\/p>\n<p>Lundi 10. au m\u00eame endroit. Nous voyons pour la premi\u00e8re fois des troupes de toutes les armes, passant \u00e0 la gare ou sur la route.<\/p>\n<p>Mardi 11. R\u00e9veil 5 h. Nous partons pour Froideau, nous logeons chez le maire dont la fille a son mari au front. Nous s\u00e9journons dans cette commune les Mercredi 12 et Jeudi 13.<br \/>\nDurant ce laps de temps, j\u2019ai aid\u00e9 \u00e0 Chanat \u00e0 faire la cuisine ! J\u2019ai vu Simon \u00ab Mussidan \u00bb crois\u00e9 le 12 o\u00f9 j\u2019ai rencontr\u00e9 quelques amis. Nous recevons pour la 1re fois la visite des a\u00e9roplanes Allemands.<br \/>\nNous faisons des emplettes (Lait, vin, conserves\u2026)<\/p>\n<p>Vendredi 14. R\u00e9veil 1 h du matin. D\u00e9part aussit\u00f4t pour Cierge (Meuse) o\u00f9 nos arrivons p\u00e9niblement sous un soleil br\u00fblant \u00e0 \u2026 midi. 12 h de voiture\u2026. Durant le parcours, nous avons travers\u00e9 Varenne o\u00f9 je rencontre Mr Tharaud, carrossier \u00e0 Limoges. J\u2019y vois \u00e9galement la maison o\u00f9 Louis XVI a pass\u00e9 la nuit du 21 Juin 1791, et grimp\u00e9 ensuite une des plus longues et plus terribles c\u00f4tes de France.<\/p>\n<p>Samedi 15. Nous partons \u00e0 4 h pour arriver \u00e0 7 h \u00e0 Bantheville. Tout le jour, visite d\u2019 avions allemands 10 au mois. Le soir, nous d\u00eenons chez de braves vieux, lesquels nous procurent une bonne soir\u00e9e. Nous causons guerre (il avait fait 70), politique, industrie, (connaissant bien cette r\u00e9gion) et de cette journ\u00e9e de f\u00eate\u2026\u2026\u2026 Ils sont si satisfaits qu\u2019ils nous gardent \u00e0 coucher dans le foin de leur grange. Nous sommes l\u00e0 \u00e0 30 km du Luxembourg.<\/p>\n<p>Dimanche 16. D\u00e9part de Bantheville. A 4 km, nous faisons halte \u00e0 La Neuville. Nous y trouvons les gens affol\u00e9s : il y a eu l\u00e0 une rencontre entre avant-postes allemands et dragons. De ces derniers il y a dans les maisons 4 bless\u00e9s et deux morts.<br \/>\nNous \u00e9tions l\u00e0, camp\u00e9s dans une belle plaine qu\u2019un ordre nous oblige \u00e0 quitter pr\u00e9cipitamment \u00e0 midi apr\u00e8s avoir grimp\u00e9 une p\u00e9nible c\u00f4te\u2026.travers\u00e9 un grand bois (3 km au moins) et Yvor \u00e0 5 h. Nous arrivons \u00e0 Sailly (Ardennes) \u00e0 6 h du soir (soit encore 10 h de voiture), nous sommes l\u00e0 \u00e0 10 km de la Belgique.<br \/>\nNous nous installons dans une belle prairie de la commune, et le groupe intime chez J.Jean, une des bonnes familles du pays. Elle a un fils et le gendre aux arm\u00e9es. Nous y sommes re\u00e7us comme les enfants de la maison, nous d\u00eenons avec ces braves gens, et nous couchons dans leur grange.<\/p>\n<p>Lundi 17. R\u00e9veil \u00e0 6 h \u00bd, nous d\u00e9jeunons au lait !\u2026.. A midi, un poulet, \u00e0 7 h un lapin !\u2026. Tout le pays est tr\u00e8s hospitalier, la vie point ch\u00e8re\u2026..<\/p>\n<p>Mardi 18. R\u00e9veil 6 h \u00bd. Arriv\u00e9e des fantassins du 126 e (ndx : r\u00e9giment de Brive). Je rencontre Lagarde (Sergent Major), Breuil, Valtas, etc., avec lesquels nous trinquons. Nous logeons toujours \u00e0 la m\u00eame enseigne.<br \/>\nLe soir, je vais visiter Carignan (12000 h) \u00e0 3 km de notre camp.<\/p>\n<p>Mercredi 19. M\u00eame r\u00e9veil. On commence \u00e0 s\u2019impatienter l\u00e0, il me tarde de voir ces allemands qui, para\u00eet-il ne sont pas loin. Durant tout le jour, nous recevons la visite de nombreux avions Allemands, les mitrailleuses les bombardent sans merci.<br \/>\nToujours bon accueil et repas chez nos hospitaliers.<\/p>\n<p>Jeudi 20 . Encore tout le jour \u00e0 Sailly ; qu\u2019y a-t-il ?\u2026 Mais, bien nourris, nous prenons n\u00e9anmoins tranquillement patience. Je vois journellement quelques Brivistes parmi lesquels Lacoste, Chabreyroux. Promenade de 8 h \u00e0 11 h du soir.<\/p>\n<p>Vendredi 21. Alerte \u00e0 1 h . D\u00e9part pour Blagny que j\u2019avais visit\u00e9 la veille. Nous arrivons \u00e0 Les Deux Villes (Ardennes) \u00e0 9 h \u00bd, nous installons notre pi\u00e8ce chez une brave vieille (active, int\u00e9rieur irr\u00e9prochable). Elle met \u00e0 notre disposition sa cuisine et sa cuisini\u00e8re. Avec Chanat, nous nous mettons \u00e0 l\u2019\u0153uvre et pr\u00e9parons un bon d\u00e9jeuner. Mais, quelle guigne ! Pr\u00eats \u00e0 tremper la soupe, il faut partir !\u2026 Tout en l\u2019air et en route !<br \/>\nSur son long, nous croisons le 21e chasseur. Je serre la main aux mar\u00e9chaux qui m\u2019annoncent qu\u2019ils ont eu dans la matin\u00e9e 2 morts et 3 bless\u00e9s. Nous commen\u00e7ons \u00e0 sentir cette maudite race Teutonne.<br \/>\nNous croisons les premiers \u00e9migr\u00e9s Belges. A 7 h du soir, nous franchissons la Fronti\u00e8re Belge. Quel enthousiasme se manifestait parmi nous. Nous p\u00e9n\u00e9trons dans cette vaillante nation par une magnifique for\u00eat. Nous arrivons \u00e0 11 h du soir \u00e0 quelques centaines de m\u00e8tres de Florenville et cantonnons dans un champ de bl\u00e9. Nous nous servons de gerbes comme matelas mais la pluie nous r\u00e9veille \u00e0 1 h , et, autour d\u2019un feu qui br\u00fble p\u00e9niblement, nous causons avec le Capitaine qui nous encourage.<\/p>\n<p>Samedi 22. Nous grimpons sur nos chevaux et caissons \u00e0 4 h \u00bd. Nous traversons Florenville (o\u00f9 j\u2019ach\u00e8te une carte que j\u2019adresse \u00e0 Jeanne) \u00e0 5 h du matin. La place est noire de monde et cette foule qui, cette nuit encore, \u00e9tait toute anxieuse, nous manifestait sa satisfaction, et respirait \u00e0 pleins poumons. La veille, aux environs, \u00e0 Izel, s\u2019\u00e9tait livr\u00e9 une grande bataille. Continuant notre route, nous arrivons \u00e0 Saint M\u00e9dard \u00e0 10 h \u00bd.<br \/>\nLa lutte \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9e avec l\u2019infanterie, les 126, 100, 108, 50e \u00e9taient aux prises. Nous mettons rapidement en batterie et \u00e0 11 h nous tirons le premier Coup de Canon de la Campagne. A quand le dernier ?\u2026<br \/>\nUsant de mon audace, je prie une fermi\u00e8re de bien vouloir nous faire le caf\u00e9 ; je voyais qu\u2019il y avait impossibilit\u00e9 de d\u00e9jeuner. L\u2019eau bout\u2026D\u00e9part !\u2026 Nous traversons le village et nous croisons la premi\u00e8re mais longue procession des bless\u00e9s !\u2026.Quelle impression !\u2026.<br \/>\nNous arrivons sur le plateau de Neuvremont d\u2019o\u00f9 nos fantassins viennent de d\u00e9loger les boches\u2026Quel tableau ! Ils sont l\u00e0 quelques centaines, \u00e9tendus morts !\u2026..<br \/>\nLa batterie tire toujours sur les allemands en fuite et nous nous mettons \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Nous aidons \u00e0 conduire les fantassins trop bless\u00e9s au poste de secours. Cela au milieu des balles qui sifflent sans cesse autour de nous !\u2026 Quel bapt\u00eame de feu !\u2026<br \/>\nVers 4 h Panique !\u2026\u2026 Retour \u00e0 Saint M\u00e9dard \u00e0 6 h , nous croisons des prisonniers allemands, et une charmante jeune fille qui m\u2019offre une tartine de beurre, du lait. Perdus, car nous \u00e9tions rest\u00e9s avec l\u2019infanterie, nous couchons dans la grange de ces braves gens, tout pr\u00e8s de la 1re batterie, alors que notre batterie \u00e9tait rest\u00e9e sur le plateau au milieu des boches.<\/p>\n<p>Dimanche 23. R\u00e9veil 4 h . Nous rejoignons notre batterie et le bombardement recommence, mais un avion nous ayant rep\u00e9r\u00e9s, une gr\u00eale de mitraille s\u2019abat sur nous. Pas de mal chez nous, mais la 1re brigade a 2 morts, 6 bless\u00e9s, quelques chevaux tu\u00e9s.<br \/>\nL\u2019infanterie plac\u00e9e devant nous c\u00e8de sous la pression ennemie, il faut d\u00e9guerpir. Le deuxi\u00e8me jour, battre en retraite, c\u2019est terrible !!\u2026 Dans notre fuite pr\u00e9cipit\u00e9e, la 1re abandonne un canon, un caisson.<br \/>\nNous traversons Saint M\u00e9dard Vers 7 h \u00bd, font comme nous les 21 et 52 et tous les r\u00e9giments d\u2019infanterie. Nous retraversons sans arr\u00eat, un peu confus, Florenville vers 8 h \u00bd, ayant \u00e0 notre poursuite (nous, 12e corps) 3 corps allemands. Nous reprenons position \u00e0 Morgues. Nous couchons sur nos caissons.<\/p>\n<p>Lundi 24. De bonne heure, nos pi\u00e8ces \u00e9taient en batterie sur un immense plateau, ayant \u00e0 nos c\u00f4t\u00e9s le 2e. Malgr\u00e9 le tir continu de l\u2019ennemi qui nous oblige \u00e0 changer trois fois de position, nous tenons jusqu\u2019\u00e0 3 h du soir.<br \/>\nLe d\u00e9sarroi commence \u00e0 s\u2019emparer des fantassins qui s\u2019enfuient devant les mitrailleuses ennemies, ou viennent s\u2019abriter derri\u00e8re nos pi\u00e8ces. A 5 h , impossible d\u2019y tenir, je tremblais devant cette d\u00e9route !\u2026..durant laquelle nous perdons l\u2019\u00e9chelon, les pi\u00e8ces de tir. Apr\u00e8s nous \u00eatre ressaisis, nous les rejoignons en traversant Blagny. Nous essuyons le feu de quelques uhlans \u00e9gar\u00e9s qui sont aux prises avec les fantassins.<br \/>\nLe colonel du 52e y est tu\u00e9. Quelques km avant Blagny, le Major V\u00e9t\u00e9rinaire Plantureux arrive au triple galop remonter le moral de la colonne. Apr\u00e8s mille d\u00e9tails \u00e0 signaler, nous arrivons \u00e0 Sailly \u00e0 11 h du soir, \u00e0 l\u2019endroit m\u00eame o\u00f9 nous avons s\u00e9journ\u00e9 les 17, 18, 19, et 20 Octobre.<br \/>\nLes conducteurs d\u00e9tellent et nous nous dirigeons vers notre logis. Mais, quel spectacle ! tout est vide, les gens sont partis ! (beurre, jambons, vaches\u2026). Nous nous couchons\u2026 A peine endormis,<\/p>\n<p>Mardi 25. Alerte \u00e0 1 h du matin. D\u00e9part aussit\u00f4t, l\u2019ennemi arrive avec une vitesse foudroyante ; par la m\u00eame route qu\u2019\u00e0 l\u2019aller, nous arrivons \u00e0 Yvor, , traversons la for\u00eat o\u00f9 nous rencontrons cette pauvre famille Jean Jean, et nous repassons la Meuse. Que de r\u00e9flexions ont \u00e9t\u00e9 faites au sujet de ce fleuve. L\u2019avenir nous prouvera les bonnes (ndx : r\u00e9flexions) !<br \/>\nNous gagnons la rive gauche et nous essayons par des tirs continus \u00e0 arr\u00eater la marche de l\u2019ennemi (Villemonvix). Le soir, nous campons sous une pluie battante \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un bois \u00e0 proximit\u00e9. Durant la nuit, L\u2019arm\u00e9e allemande passe le fleuve\u2026.<\/p>\n<p>Mercredi 26. R\u00e9veil 4 h . Depuis longtemps (le \u00ab coucher \u00bb) nous ne dormions pas !.. et de l\u00e0 nous grimpons sur un plateau marneux (quoique appartenant aux Ardennes). Nous y trouvons 10 cm de boue dans laquelle les chevaux peinent \u00e0 faire suivre nos pi\u00e8ces. Il pleut toujours !<br \/>\nVers 9 h \u00bd, nous y recevons l\u2019ordre, (quel ordre ?\u2026) de nous porter au moulin du Gr\u00e9sil, pr\u00e8s Yone par Mouzon. Nous sommes accueillis dans ce fond par une canonnade qui dure 1 h \u00bd !\u2026 Carr\u00e8re, trompette, y trouve la mort, Saulm\u00e9, Mar\u00e9chal des logis, bless\u00e9, quelques chevaux tu\u00e9s\u2026..<br \/>\nUn obus percutant tombe \u00e0 3 m de nous, les brancardiers, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la voiture ambulance. La terre est rest\u00e9e 8 jours coll\u00e9e \u00e0 la visi\u00e8re de mon k\u00e9pi !!<br \/>\nNous quittons sans peine comme d\u2019heureux rescap\u00e9s ce triste patelin pour nous diriger vers La Besace. Nous nous installons dans un champ aux environs lorsqu\u2019un a\u00e9roplane ennemi nous ayant encore d\u00e9nich\u00e9s, lance au milieu de nous quelques papiers blancs pour permettre aux siens de mieux nous rep\u00e9rer.<br \/>\nNous d\u00e9logeons aussit\u00f4t pour La Besace m\u00eame o\u00f9 nous arrivons \u00e0 8 h \u00bd. On mange la soupe. Depuis le d\u00e9part de la Belgique, nous n\u2019avions pas eu le temps d\u2019en faire !\u2026 Apr\u00e8s ce \u2018copieux\u2019 repas, nous couchons dans une grange avec des \u00e9migr\u00e9s. Encore une journ\u00e9e de voiture ?<\/p>\n<p>Jeudi 27. R\u00e9veil 4 h , d\u00e9part 8 h pour Oche, 2 villages au dessus o\u00f9 pendant 4 h nous maintenons l\u2019ennemi. Nous entendons pendant ce temps une furieuse fusillade entre fantassins. Que doit-il se passer ?\u2026.. L\u2019artillerie de droite et de gauche rest\u00e9e en position, nous nous reculons un peu mais d\u2019o\u00f9 (ndx : nous tirons) apr\u00e8s un l\u00e9ger repos.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">OOO Artillerie qui n\u2019a pas boug\u00e9<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">OOO<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00a0OOO<br \/>\nO\u00f9 nous venons<\/p>\n<p>Vendredi 28. D\u00e8s la premi\u00e8re heure, nous faisons de la bonne besogne. Il para\u00eet que notre capitaine voyait sauter les boches par 12, 15 \u00e0 la fois !<br \/>\nMalheureusement, une contre-attaque ennemie nous oblige \u00e0 continuer notre retraite.<br \/>\nMalheureusement, nous avons de nombreux bless\u00e9s chez les fantassins. On les croise partout. Je rencontre Cyrassis (ndx : ?), adjudant au 126e auquel je fais un pansement et que nous ramenons \u00e0 Laveyrri\u00e8re o\u00f9, apr\u00e8s avoir eu \u00e0 6 h du soir une fausse alerte, nous couchons (les brancardiers) \u00e0 11 h dans une grange. L\u00e0, surprise, nous y rencontrons Jean Deprat.<br \/>\nDans cette retraite, nous avons ramass\u00e9 un mouton. Nous le partageons entre l\u2019\u00e9chelon. J\u2019en offre un morceau (le gigot) au capitaine.<\/p>\n<p>Samedi 29. R\u00e9veil 2 h \u00bd. D\u00e9part aussit\u00f4t pour venir \u00e0 Cy. (Nous y d\u00e9v. 1 vol. il y en a 150 au moins en 30 km). En se rendant dans les environs se mettre en surveillance, le Lieutenant Colonel se blesse.<br \/>\nNous prenons position \u00e0 l\u2019est du plateau de Stenay. Sans avoir tir\u00e9 un coup (ndx : de canon), d\u00e9part \u00e0 4 h du soir.<br \/>\nNous arrivons le soir \u00e0 10 h au quartier des chasseurs \u00e0 Vouziers. Quel soupir de soulagement. Nous sortons d\u00eener en ville.<\/p>\n<p>Dimanche 30. R\u00e9veil 7 h . Matin\u00e9e libre ; quel nettoyage.<br \/>\nA 2 h , d\u00e9part en surveillance aux environs. J\u2019y rencontre Julien Soubrenie, Eug\u00e8ne Breuil, Romain Neuville, qui mangent avec nous. A 8 h \u00bd retour au quartier, on m\u2019y distribue plusieurs lettres\u2026 quelle joie\u2026 il y en a de Jeanne, d\u2019 Antonin, de Vedrenne, etc.<\/p>\n<p>Lundi 31. D\u00e9part du quartier \u00e0 5 h. En arrivant vers 7 h \u00e0 Voncy ( Ardennes), nous tombons dans une embuscade ennemie, la fusillade commence aussit\u00f4t et nous prenons position. Nos fantassins arrivent vers 9 h \u00e0 chasser tous les teutons de Voney.<br \/>\nMauvais d\u00e9but pour une partie du 326e arriv\u00e9 le matin m\u00eame. J\u2019y rencontre Ribes, Treuil, etc. etc.<br \/>\nA 10 km nous allons chercher quelques bless\u00e9s dans le village o\u00f9 nous faisons quelques emplettes !\u2026.<br \/>\nVers les 11 h une lutte terrible d\u2019artillerie s\u2019engage entre les 52e, le 34e surtout, et l\u2019artillerie allemande, qui se termine \u00e0 8 h du soir.<br \/>\nA notre batterie : De Joffre bless\u00e9, une balle \u00e0 la poitrine, 4 canonniers bless\u00e9s, et nous laissons quelques chevaux. Nous portons nos malheureux camarades \u00e0 Terron sur Aisne. J\u2019y rencontre Mr Bruel, v\u00e9t\u00e9rinaire, Buisson-Chavant d\u2019 Uzerche et Segol de Beaulieu.<br \/>\nVers 6 h , quelques uns du 326 conduisent environ 40 prisonniers cach\u00e9s dans une cave \u00e0 Vonay.<br \/>\nA la fin du combat, malgr\u00e9 une victoire assur\u00e9e, nous allons coucher dehors vers 11 h au-del\u00e0 de Vouziers.<\/p>\n<p><strong>SEPTEMBRE<\/strong><\/p>\n<p>Mardi 1er D\u00e9part \u00e0 3 h du matin pour Ardeuil. Nous traversons Montbois aux environs duquel est install\u00e9 un champ d\u2019aviation o\u00f9 une dizaine au moins d\u2019avions y sont install\u00e9s. A 10 h nous sommes \u00e0 Ardeuil. On s\u2019y repose jusqu\u2019au soir 8 h \u00bd. Vers 5 h arrive une partie du 326e dans laquelle j\u2019y vois Roche, Treuil, Palus, Barethie, Maynard de Serilhac, etc.<br \/>\nA 7 h nous d\u00eenons chez une fermi\u00e8re avec Rouhier, Clerfeuille, et Audoin. (poulet). (La fermi\u00e8re est sur le d\u00e9part) Bon caf\u00e9, et tr\u00e8s rapidement sur nos caissons, battons toujours en retraite !.. mais tr\u00e8s inquiets car POURQUOI ?\u2026 Nous le saurons un jour.<br \/>\nDonc, \u00e0 8 h \u00bd, nous nous disposons \u00e0 quitter Ardeuil (Ardennes) pour Sommepy (Marne) o\u00f9 l\u2019on arrive \u00e0 3 h du matin, pr\u00e8s Sainte Marie \u00e0 Py.<\/p>\n<p>Mardi 2. Il y a 2 mois ! Il y a 1 mois !\u2026\u2026\u2026\u2026..<br \/>\nA 3 h du matin, nous campions dans un champ aux environs de Sommepy (831 h) Clerfeuille ayant trouv\u00e9 une petite hutte de paille, nous nous y dirigeons. Surprise ! un \u00e9migrant Belge est l\u00e0. Apr\u00e8s avoir d\u00e9clin\u00e9 ses qualit\u00e9s et montr\u00e9 ses papiers, nous le laissons \u00e0 nos c\u00f4t\u00e9s.<br \/>\nR\u00e9veil 6 h . Nous venons prendre position sur un magnifique plateau o\u00f9 pullulent les lapins ; nous mettons sur pied un renard qui court au milieu des li\u00e8vres effray\u00e9s sans la moindre id\u00e9e de les capturer. Nous nous trouvons l\u00e0 entre la belle route de Chalons et la Suippes (rivi\u00e8re).<br \/>\nA 10 h nous tirons les premiers coups. A 6 h du soir, nous bombardons encore l\u2019ennemi qui est toujours \u00e0 nos trousses !\u2026<br \/>\nA 7 h nous recevons l\u2019ordre d\u2019aller camper dans les plaines de c\u00e9r\u00e9ales de soirain (ndx : ?) o\u00f9 nous trouvons les fantassins camp\u00e9s et faisant leur \u2018popote\u2019.<br \/>\nTableau unique : Mille feux dans cette vaste plaine. Il est 9 h du soir, et quel \u2018boucan\u2019 \u00e0 quelques km plus loin. Nous nous emparons des meules de paille qui s\u2019y trouvent, lesquelles, apr\u00e8s un l\u00e9ger repas, nous servent de bonnes couchettes. Repos bien m\u00e9rit\u00e9, il est 11 h du soir.<\/p>\n<p>Jeudi 3 . R\u00e9veil 1 h . L\u2019ennemi, para\u00eet-il, avance comme une trombe. Nous allons au camp de Chalons o\u00f9 nous arrivons vers 4 h 1\/2. A peine descendus de cheval ou de nos caissons, les obus fusants ennemis tombent sur nos t\u00eates. Qu\u2019est-ce ? Un myst\u00e8re ; on se regarde\u2026Impossible de comprendre. Vers 10 h il faut encore d\u00e9loger !\u2026\u2026..<br \/>\nNous traversons au galop le camp, et sans arr\u00eat. Puis par Vadenay, o\u00f9 nous trouvons les gens affol\u00e9s en train de d\u00e9m\u00e9nager. (Pain, poules) Nous arrivons \u00e0 Saint Etienne \u2013au-Temple (195 h) \u00e0 midi. Nous mettons en batterie toujours pour retarder l\u2019ennemi dans sa marche \u2018trop rapide\u2019 et y rencontrons de nombreuses troupes (cuirassiers, chasseurs, cycliste, etc.)<br \/>\nOn nous dit qu\u2019une division de cavalerie allemande est \u00e9gar\u00e9e dans la r\u00e9gion.<br \/>\nApr\u00e8s y avoir bien employ\u00e9 l\u2019apr\u00e8s midi (vin trop cher !.. et nous \u00eatre bien soign\u00e9s), nous changeons de position en nous portant 2 km au sud. Il est 6 h du soir. Nous faisons un peu de caf\u00e9. Nous nous pr\u00e9parons \u00e0 aller nous reposer quand \u00e0 9 h nous recevons l\u2019ordre de partir. Les boches bombardaient d\u00e9j\u00e0 Saint Etienne et un bataillon du 107e d\u2019infanterie qui passe tout essouffl\u00e9 a failli \u00eatre fait prisonnier \u00e0 un km de Saint Etienne !\u2026 On saute sur nos caissons. Nous prenons cette belle route de Chalons qui nous favorise la marche.<br \/>\nA 11 h nous traversons Chalons Sur Marne (27 800 h). Le bruit du roulement de nos pi\u00e8ces r\u00e9veille tous les habitants, les fen\u00eatres s\u2019 \u00e9clairent des t\u00eates \u00e9gar\u00e9es s\u2019approchent ; comme nous, ils vivent dans un myst\u00e8re !\u2026 Ils nous pressent de questions : D\u2019o\u00f9 venez vous ? O\u00f9 allez vous ?<\/p>\n<p>Vendredi 4. Nous sommes toujours sur la route. Nous arrivons enfin \u00e0 Pogny (617 h) \u00e0 2 h du matin. (Nous sommes debout depuis la veille 1 h du matin !)<br \/>\nNous faisons un autre caf\u00e9 et \u00e0 3 h \u00bd nous allons nous reposer dans une grange d\u2019o\u00f9 sortent des fantassins de Cahors (17e corps).<br \/>\nR\u00e9veil 6 h \u00bd. On se nettoie et l\u2019on attend. Nous assistons vers 10 h \u00e0 un d\u00e9fil\u00e9 \u00e9mouvant d\u2019\u00e9migr\u00e9s, ils sont au moins 1000. O\u00f9 vont-ils ?\u2026 Devant eux ?\u2026<br \/>\nApr\u00e8s nous \u00eatre partag\u00e9 une boite de \u2018singe\u2019, nous quittons \u00e0 11 h Pogny pour Aulnay (125 h) o\u00f9 nous mettons en batterie. Nous trouvons tous ces pays d\u00e9serts, plus un seul habitant. Nous \u00e9tions l\u00e0 aupr\u00e8s d\u2019un ch\u00e2teau. Je m\u2019installe dans une des nombreuses charmilles ; j\u2019en profite pour \u00e9crire de nombreuses lettres.<br \/>\nA 8 h nous quittons nos positions pour venir coucher dans un bois de pins sur les bords de la grande route de Chalons \u00e0 Vitry, aux environs de Soulanges (219 h). Il fait bon, sur quelques gerbes de paille nous dormons tr\u00e8s bien.<\/p>\n<p>Samedi 5. R\u00e9veil 1 h du matin ! Nous \u00e9tions si bien !\u2026 D\u00e9part pour Somsois (458 h ), laissant Vitry \u00e0 1,500 km \u00e0 gauche nous longeons toujours la route nationale vers Bussy aux bois. A 9 h du matin, nous avons un arr\u00eat qui me procure la grande satisfaction de rencontrer F. Peyrebrune. On s\u2019empresse de trinquer, nous causons de Brive, des amis\u2026<br \/>\nDurant cet arr\u00eat, tout le 52e artillerie d\u00e9file devant nous ainsi que le 21e chasseur (une partie). J\u2019y vois les mar\u00e9chaux et quelques amis.<br \/>\nA 10 h nous continuons notre route. Durant ce grand parcours, j\u2019admire tous les villages que nous traversons, b\u00e2tis enti\u00e8rement en bois (\u00e9coles, maisons, granges). J\u2019ai trouv\u00e9 \u00e9galement une ferme qui me c\u00e8de du bon vin vieux \u00e0 1 fr. le litre. Arriv\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tape \u00e0 11 h . Nous nous pr\u00e9parons un bon d\u00e9jeuner, la soir\u00e9e se passe \u00e0 attendre les ordres. (Nous nous permettons d\u2019en donner quelques unes (ndx : bouteilles) \u00e0 notre Mar\u00e9chal des Logis Bost).<br \/>\nBeau soleil, jeu de quilles sur l\u2019eau. (bouteilles)<\/p>\n<p>Dimanche 6. R\u00e9veil \u00e0 3 h du matin. Nous avions d\u00e9j\u00e0 profit\u00e9 d\u2019un bon somme dans une grange voisine du campement avec notre chef Machenot. A 5 h du matin, nous mettions en batterie aux environs de Les Rivi\u00e8res Henruel (134 h ). Nous d\u00e9jeunons \u00e0 8 h .<br \/>\nL\u2019ennemi nous est signal\u00e9 . A 9 h commence la canonnade. Elle se poursuit sans arr\u00eat jusqu\u2019au soir \u00e0 8 h \u00bd ; \u00e0 9 h \u00bd du soir nous ramassions encore nos bless\u00e9s. La 1re perd le Mar\u00e9chal des Logis de Beauvais, nous autres 2 canonniers.<br \/>\nLa 9e batterie \u00e0 9 morts et quelques bless\u00e9s, un seul coup d\u2019obus en a tu\u00e9 4 parmi lesquels le pauvre Julien Soubrenie d\u2019 Allassac.<br \/>\nA 10 h \u00bd nous campions au village des Rivi\u00e8res (ravitaillement de vin, lapins\u2026) . Quel Dimanche !\u2026<br \/>\nJ\u2019avais re\u00e7u la veille de Jeanne un extrait d\u2019un article de Lavedan (Illustration du 8 Ao\u00fbt) \u00ab Dimanche midi \u00e0 Saint Pierre de Chaillot \u00bb !!\u2026..<br \/>\nLundi 7. R\u00e9veil 3 h , nous reprenons la m\u00eame position. A 4 h commence le lancement de la mitraille jusqu\u2019au soir. Un obus ennemi tue 3 chevaux \u00e0 la fois. Les hommes sont indemnes. Durant la journ\u00e9e, les avions allemands nous on fait changer 3 4 fois de place.<br \/>\nLe soir, avec quelques r\u00e9serves de la veille, bon repas. Repos \u00e0 11 h.<\/p>\n<p>Mardi 8 . R\u00e9veil \u00e0 4 h . Nous reprenons aussit\u00f4t les m\u00eames positions de la veille, mais en arrivant, quelle surprise : nos fantassins sont d\u00e9j\u00e0 aux prises avec leurs mitrailleuses. Ils ont, para\u00eet-il, \u00e9t\u00e9 surpris endormis par les avants-postes ennemis qui leur ont inflig\u00e9 des pertes s\u00e9rieuses. Nous sommes rapidement en batterie.<br \/>\nNos batteries ont du gravement les endommager : ayant commenc\u00e9 nos tirs \u00e0 1 800 m, nous les terminons le soir \u00e0 6 500 m\u00e8tres\u2026<br \/>\nA 9 h du soir, l\u2019\u00e9chelon rejoint son poste, mais les pi\u00e8ces de tir restent \u00e0 leur place, tirant toute la nuit, montrant \u00e0 l\u2019ennemi que nous y sommes toujours\u2026 Pendant ce temps, les fantassins reprennent leur position.<br \/>\nLe soir, avant d\u2019aller nous coucher, nous avions d\u00e9nich\u00e9 une bonne maison pour passer nos nuits un peu plus agr\u00e9ablement qu\u2019en pleins champs .<\/p>\n<p>Mercredi 9. R\u00e9veil 4 h . Comme durant la nuit, tout ce jour une gr\u00eale d\u2019obus s\u2019abat de part et d\u2019autre. Triste journ\u00e9e pour notre batterie : Nous avons 10 bless\u00e9es parmi lesquels notre Mar\u00e9chal des Logis.<br \/>\nA 11 h du matin on enterrait Chizan, Sous-lieutenant, le soir le Commandant de Castellanne commandant le 300e d\u2019infanterie. Encore une de nos p\u00e9nibles journ\u00e9es\u2026.. Repos 10 h .<\/p>\n<p>Jeudi 10. Toujours r\u00e9veil 4 h . Toujours sur le qui-vive, mais plus de recul.<br \/>\nAvant notre d\u00e9part pour nos positions habituelles, le Lieutenant Castel nous annonce qu\u2019on nous a notifi\u00e9 l\u2019ordre d\u2019arr\u00eater la retraite.<br \/>\nVaincre ou mourir, ne plus reculer.<br \/>\nIl nous apprend aussi que l\u2019 Autriche est pour ainsi dire an\u00e9antie.<br \/>\nRien de la matin\u00e9e ; nos pi\u00e8ces ne retirent qu\u2019\u00e0 midi, par contre il y avait un attaque de fantassins, et d\u00e8s 1 h commence le triste cort\u00e8ge des bless\u00e9s.<br \/>\nIl para\u00eet que le Colonel Dubois (de Tulle) du 126e faisant fonction de G\u00e9n\u00e9ral de Brigade est bless\u00e9.<br \/>\nUn bataillon du 326e vient renforcer nos lignes. Dans le cort\u00e8ge, je rencontre Romain, Roche, Fournet.<br \/>\nA 8 h du soir, r\u00e9ception d\u2019hommes et de chevaux du d\u00e9p\u00f4t de P\u00e9rigueux. A 9 h \u00bd repos.<br \/>\n(J\u2019ai v\u00e9cu toute la semaine avec Simon comme voisin)<\/p>\n<p>Vendredi 11. R\u00e9veil 5 h . Toute la nuit fusillade et canonnade. I l y a eu plusieurs charges d\u2019infanterie.<br \/>\nD\u00e8s le rassemblement, nous apprenons, avec quelle joie ! que l\u2019ennemi est en d\u00e9route. A 11 h, en effet, nous recevons l\u2019ordre d\u2019avancer. Nous quittons h\u00e2tivement les Rivi\u00e8res-Henruel que nous habitions depuis 5 jours \u00bd .<br \/>\nQuelle semaine !<br \/>\nLa semaine des Victoires.<br \/>\nLa semaine de la Marne.<br \/>\nElle restera des plus m\u00e9morables dans l\u2019histoire\u2026\u2026\u2026..<\/p>\n<p>D\u00e8s nos premiers pas, nous voyons le champ de bataille. Des cadavres en masse dans les foss\u00e9s, dans les champs, dans les collines.<br \/>\nArriv\u00e9s \u00e0 Chatel-Raould (215 h) nous trouvons toutes les maisons bombard\u00e9es ; dans une, o\u00f9 les boches mangeaient, ils sont 10 \u00e9tendus autour de la table. (Ils mangeaient du cochon)<br \/>\nL\u2019\u00e9glise pr\u00e9sente une grande br\u00e8che qui montre jusqu\u2019o\u00f9 va la barbarie Allemande, jusqu\u2019aux caveaux qui ont re\u00e7u les obus ! Quel spectacle hideux !\u2026<br \/>\nNous faisons halte \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Courdemange o\u00f9 s\u2019est livr\u00e9e la plus grande bataille sur le M. Morey : 1200 cadavres au moins jonchent le sol.<br \/>\nArriv\u00e9s pr\u00e8s d\u2019 Huiron (265 h) nouvelle halte. Nous en profitons avec Julo, Tixier, voir les ruines de cette commune de laquelle il ne reste qu\u2019une maison. Toutes les autres sont incendi\u00e9es. Je prends l\u00e0 le casque du cadavre d\u2019un homme des plus robustes de sa race.<br \/>\nNous visitons la maison non incendi\u00e9e o\u00f9 nous trouvons encore un pot de confitures. Continuant notre p\u00e8lerinage au milieu de tous ces animaux calcin\u00e9s, tous ces d\u00e9bris qui nous d\u00e9chirent. Nous apercevons dans une petite \u00e9table que les flammes avaient \u00e9vit\u00e9 une vieille ! On s\u2019approche. Quel r\u00e9cit :<br \/>\nElle \u00e9tait rest\u00e9e seule du village \u00e0 l\u2019approche de l\u2019ennemi et s\u2019\u00e9tait cach\u00e9e \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 d\u2019une sombre cave. Ses fils s\u2019\u00e9taient enfuis. Elle est rest\u00e9e l\u00e0 4 jours sans voir la lumi\u00e8re. Elle a, nous dit-elle, 82 ans. Elle pleure, et ne sait que nous dire ou nous demander : \u00ab Ils ne reviendront pas ? \u00bb Nous la rassurons, la quittons toute \u00e9mue.<br \/>\nSa maison a br\u00fbl\u00e9 sur elle, elle a entendu le bruit de tous les obus an\u00e9antissant son village, et quelle vision \u00e0 sa sortie ! Pauvre vieille !<br \/>\nNous allons coucher \u00e0 200 m de Glannes (238 h). Ce village a \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9 des flammes. Nous sommes en pleins champs, la pluie n\u2019a cess\u00e9 de tomber. Quelle maudite nuit !<\/p>\n<p>Samedi 12. R\u00e9veil 4 h . (Si je puis employer le mot \u2018r\u00e9veil\u2019 ! : nous \u00e9tions sous la voiture sans avoir pu fermer l\u2019\u0153il). Mais \u00e0 4 h , autorisation d\u2019allumer du feu (Escande), nous faisons trois marmites de caf\u00e9, soit \u00be de litre chacun. Cela nous r\u00e9chauffe un peu.<br \/>\nD\u00e9part \u00e0 6 h pour Blacy o\u00f9 nous traversons la Marne (route qui traverse la rivi\u00e8re avec passerelle pour pi\u00e9tons) et son canal. Puis Lisse (208 h), s\u0153ur d\u2019 Huiron, pauvres communes au \u00be incendi\u00e9es. Une seule famille est rest\u00e9e dans le village, le p\u00e8re, la m\u00e8re et les trois enfants. Leur maison est d\u00e9truite, et celles qui restent ne sont que de pauvres chaumes.<br \/>\nPuis par Bassu, Vanault-le-Chatel o\u00f9 nous rencontrons 30 allemands bless\u00e9s laiss\u00e9s par les leurs dans leur fuite rapide.<br \/>\nNotre courage se ranime, nous sentons que l\u2019heure de la revanche commence \u00e0 sonner, nous trouvons m\u00eame que nous ne marchons pas assez vite, nous voudrions courir \u00e0 leur poursuite.<br \/>\nNous arrivons \u00e0 8 h du soir, sous la pluie, \u00e0 Bussy le Repos (235 h). Il m\u00e9rite bien ce nom, car, gr\u00e2ce \u00e0 ses granges \u00e9vit\u00e9es de la rage ennemie, nous avons bien dormi. (\u00e9table \u00e0 brebis) Mais dehors, quel orage ! Combien ont du en souffrir ! Il y a l\u00e0 des r\u00e9giments de tout corps.<\/p>\n<p>Dimanche 13. R\u00e9veil 4 h . D\u00e9part qu\u2019\u00e0 7 h pour Somme-Yevre, Varimont, o\u00f9 nous rencontrons quelques rares rescap\u00e9s qui ont eu le courage de rester. Ils nous racontent leur mis\u00e8re : tout est pill\u00e9.<br \/>\nA midi nous traversons Herpont (288 h) compl\u00e8tement incendi\u00e9. Pas un habitant n\u2019a pu \u00eatre t\u00e9moin du sinistre. Pauvres gens ! Arriv\u00e9e \u00e0 Auve (397 h) m\u00eame spectacle, pas une maison debout. D\u00e9tail \u00e9mouvant : une femme est carbonis\u00e9e dans le ch\u0153ur de l\u2019\u00e9glise, la seule qui peut-\u00eatre aurait pu raconter l\u2019heure du d\u00e9but et de la fin du sinistre.<br \/>\nIl est 5 h du soir, l\u2019ennemi s\u2019est-il arr\u00eat\u00e9 dans sa fuite ? D\u2019ici nous entendons les coups de nos canons. C\u2019est sans doute le 21e qui tire.<br \/>\nA 6 h du soir nous arrivons \u00e0 Somme Bionne (121 h) o\u00f9 la population nous fait un bon accueil. L\u2019ennemi \u00e9tait l\u00e0 \u00e0 1 h , il n\u2019a pas eu le temps de leur faire aucun mal. Ils ont pourtant fusill\u00e9 deux hommes qui leur avaient \u00e9t\u00e9 impolis.<br \/>\nNous d\u00eenons sommairement et couchons dans une grange.<\/p>\n<p>Samedi 14. R\u00e9veil 6 h . Il fait beau. Apr\u00e8s un bon d\u00e9jeuner, d\u00e9part \u00e0 midi. Il para\u00eet que le 17e corps qui est devant nous est aux prises avec l\u2019ennemi.<br \/>\nA 1 h, nous traversons Somme Tourbe (175 h) : Tout est d\u00e9truit, y compris l\u2019\u00e9glise. Nous causons avec un marchand de vin \u2018qui craint pour sa r\u00e9putation \u00e0 venir\u2019 car seul il est rest\u00e9 au pays, il a log\u00e9 les officiers ennemis, leur a fait si bon accueil que seule sa maison a \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9e.<br \/>\nA 9 h nous arrivons \u00e0 Saint Jean sur Tourbe (214 h) en partie d\u00e9truit. Sans manger, nous nous glissons dans une grange dont un pan est abattu ! Mais il pleut, on est tr\u00e8s heureux d\u2019avoir cet abri.<br \/>\nTout le jour nous avons entendu le canon, et l\u2019apr\u00e8s midi nous avons crois\u00e9 des bless\u00e9s du 17e corps.<\/p>\n<p>Mardi 15. R\u00e9veil 6 h . Couch\u00e9 dans le foin, j\u2019\u00e9cris de nombreuses lettres. Puis repos. J\u2019en avais besoin. Grande lessive !<br \/>\nLe soir, Bonnand d\u00eene avec nous. Toute la journ\u00e9e, nous entendions une canonnade continue. Que s\u2019est-il pass\u00e9 ?<\/p>\n<p>Mercredi 16. Apr\u00e8s avoir v\u00e9cu une nuit comme la veille, nous quittons Saint Jean \u00e0 7 h du matin pour Somme Suippes (557 h) sauv\u00e9 des flammes pour Suippes (2 670 h) o\u00f9 nous arrivons \u00e0 midi, ville qui me laisse une bonne impression, tr\u00e8s coquette, elle para\u00eet m\u00eame tr\u00e8s riche.<br \/>\nUn magnifique ch\u00e2teau aux initiales L.A. b\u00e2ti a l\u2019entr\u00e9e de la ville nous montre que l\u2019ennemi n\u2019a pas m\u00e9nag\u00e9 cette ville : il est \u00e0 moiti\u00e9 br\u00fbl\u00e9.<br \/>\nNous longeons le quai de l\u2019 Arquebuse maintenant une eau stagnante, et nous prenons position dans un champ unique en \u00e9tendue (plaine). Nous y trouvons 3 r\u00e9giments d\u2019artillerie d\u00e9j\u00e0 occup\u00e9s \u00e0 tirer (17e corps). Arrivent ensuite les 21e et 52e d\u2019artillerie.<br \/>\nCes 6 r\u00e9giments tirent presque tout le jour. Quelles salves !<br \/>\nA 8 h du soir, alors qu\u2019on allait tremper la soupe, ordre de partir (pauvres frites !) et sans murmures, avec une infanterie qui retarde notre marche, nous arrivons \u00e0 demi tremp\u00e9s \u00e0 Saint Remy sur Bussy (329 h) \u00e0 2 h du matin ! (6 h pour faire en voiture 10 km) (ndx : voiture \u00e0 cheval, bien entendu\u2026)<\/p>\n<p>Jeudi 17. R\u00e9veil 6 h. D\u00e9part aussit\u00f4t pour venir nous mettre en position aux environs de La Croix en Champs (100 h ?) En traversant ce petit pays, je rencontre vers 10 h pour la premi\u00e8re fois Emile Pestourie, le conducteur de l\u2019auto de Monsieur Couli\u00e9, le docteur Lafon, Lapeyre de Malpeyre.<br \/>\nApr\u00e8s avoir pass\u00e9 une journ\u00e9e sans tirer, nous partons \u00e0 7 h sous une pluie battante par des chemins impraticables\u2026.<br \/>\nLa batterie y laisse 6 chevaux. Du terrain marneux par excellence, glissant, et par endroits des orni\u00e8res de 20 cm.<br \/>\nNous avons bien fait au moins 10 km de la sorte avant de rejoindre la grande route, la pluie tombe et le vent souffle ! Ce dernier est si glacial que nous descendons des coffres, des caissons, pour marcher \u00e0 pied, et par Somme-Suippes et Suippes nous campons dans un champ entre cette ville et la Jonchery o\u00f9 nous arrivons<\/p>\n<p>Vendredi 18 \u00e0 1 h du matin. Les chevaux restent attel\u00e9s, nous abattons des sapins et essayons de faire du feu, mais impossible, il pleut toujours. Quelle triste nuit ! La plus mauvaise que nous ayons pass\u00e9 depuis le d\u00e9but de la guerre !\u2026 Oh quelle nuit pi\u00e9tinant dans la boue !\u2026 Enfin l\u2019aube appara\u00eet, la pluie s\u2019arr\u00eate. J\u2019en profite pour me changer, en plein air, \u00e0 6 h du matin.<br \/>\nNous faisons un peu de caf\u00e9. A 7 h nous quittons ce champ maudit pour le camp de Chalons o\u00f9 nous nous installons \u00e0 9 h \u00bd. L\u00e0, le Lieutenant Nicoleau commandant l\u2019\u00e9chelon nous conseille de faire de bonnes cahutes, risquant de s\u00e9journer l\u00e0 quelques jours. Quel soulagement !<br \/>\nCette expression nous ranime, nous r\u00e9chauffe, car nous \u00e9tions encore sous les effets de la nuit !<br \/>\nSit\u00f4t la soupe, nous nous mettons \u00e0 l\u2019\u0153uvre : Avec Clerfeuille et Audoin nous nous en construisons une sp\u00e9ciale, unique. Dans la promenade de la soir\u00e9e, nous trouvons des matelas laiss\u00e9s p\u00eale-m\u00eale par les allemands aux environs du camp. Quelles bonnes couchettes ils nous procurent !<br \/>\nLa batterie tire depuis son arriv\u00e9e sur le village de Saint Hilaire le Grand (480 h) pour en d\u00e9loger les allemands.<\/p>\n<p>Samedi 19. R\u00e9veil 6 h . Nous entendons vers 8 h une fusillade d\u2019infanterie qui se continue jusqu\u2019\u00e0 10 h . Repos complet jusqu\u2019au coucher \u00e0 9 h du soir.<\/p>\n<p>Dimanche 20. La pluie nous r\u00e9veille vers 3 h du matin. Notre cahute est bien de toute solidit\u00e9, construite en sapin de 8 \u00e0 10 cm de diam\u00e8tre, mais malheureusement, la couverture de branches n\u2019est pas imperm\u00e9able. Nous nous levons et attendons le jour autour d\u2019un bon feu, car l\u00e0, nous trouvons des sapins secs.<br \/>\nD\u00e8s que le jour appara\u00eet, nous allons dans le baraquement du camp chercher quelques planches. Nous avons la bonne fortune d\u2019y trouver du \u2018carton cuir\u2019. Quelle bonne aubaine ! Nous voil\u00e0 abrit\u00e9s de l\u2019eau, du froid, du vent !<br \/>\nLe soir, nous chassons les lapins, lesquels nous permettent de faire un bon repas.<\/p>\n<p>Lundi 21. La bataille continue toujours autour de Saint Hilaire. Arriv\u00e9e d\u2019hommes et de chevaux du d\u00e9p\u00f4t. Beau temps.<\/p>\n<p>Mardi 22. J\u2019ai le plaisir d\u2019aller d\u00e9jeuner \u00e0 Mourmelon-le-Grand (5 000 h) en compagnie d\u2019 Avril et Clavier. Quel plaisir de nous retrouver \u00e0 table d\u2019h\u00f4te (h\u00f4tel de l\u2019 Europe) . Nous faisons quelques emplettes et rentrons \u00e0 notre campement \u00e0 2 h du soir. Je termine la soir\u00e9e \u00e0 \u00e9crire.<\/p>\n<p>Mercredi 23. Mourmelon n\u2019est qu\u2019\u00e0 2 km 500 de notre campement. Belle promenade. A 11 h , avec Avril, nous \u00e9tions install\u00e9s au m\u00eame h\u00f4tel. Nous rapportons de bonnes bouteilles de Cognac, de B\u00e9n\u00e9dictine, De Rhum, etc. Grand repas. Retour \u00e0 trois heures.<\/p>\n<p>Jeudi 24, Vendredi 25. Attaque durant la nuit de mercredi \u00e0 jeudi. Nous chassons le lapin tout ce jour, sans rien d\u2019anormal. La batterie tire de temps \u00e0 autres quelques coups toujours sur Saint Hilaire o\u00f9 les allemands sont admirablement bien fortifi\u00e9s. (Voir le bulletin des arm\u00e9es).<\/p>\n<p>Samedi 26. A notre r\u00e9veil \u00e0 6 h , je trouve quelques Brivistes pr\u00e9sentant des chevaux, arriv\u00e9s du d\u00e9p\u00f4t durant la nuit, Cr\u00e9mon d\u2019 Eyras, Lacoste, Simon de Brive. Comme ils repartent pour P\u00e9rigueux, je remets, apr\u00e8s avoir discut\u00e9 ( ? poss. Ndx) ensemble, le casque d\u2019 Huiron au compagnon Simon pour qu\u2019il le remette en reconnaissance \u00e0 nos amis Daunats, Carrossiers \u00e0 P\u00e9rigueux.<br \/>\nA midi, je reviens \u00e0 Mourmelon. Retour \u00e0 4 h. A 6 h, Nous recevons l\u2019ordre de quitter nos positions pour avancer de 2 km environ. D\u00e9part 9 h du soir, arriv\u00e9e dans un autre bois de pins \u00e0 10 h du soir. Toute la batterie reste l\u00e0, caissons et canons sont c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te.<br \/>\nNotre position est critique, le Capitaine nous dit que l\u2019ennemi peut nous trouver facilement, qu\u2019il nous conseille de creuser des souterrains ou bien des cahutes pour nous prot\u00e9ger des obus.<br \/>\nAussit\u00f4t nos canons et caissons en batterie, nous nous mettons \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Le Lieutenant Coussieux (Fr\u00e8re de l\u2019oculiste de Brive), affect\u00e9 depuis peu \u00e0 l\u2019\u00e9chelon, dirige nos travaux.<br \/>\nNous creusons une fosse de 3 m de long, 1 m de large, et 1 m de profondeur. Pendant que Clerfeuille, Delpeut, Fonteneau, creusent, j\u2019abat des sapins de 15 cm de diam\u00e8tre qui nous servirons \u00e0 la fois de plafond et \u00e0 soutenir les 3 m3 de cailloux que nous extrayons de ce terrier calcaire. A 9 h du matin nous sommes \u00e0 60 cm de profondeur.<br \/>\nLes arbres sont pr\u00eats. Nous sommes si lass\u00e9s que nous ne pouvons descendre plus bas. Nous mettons provisoirement la trav\u00e9e en place, nous couvrons de m\u00eame et nous nous couchons. Que de cauchemars !\u2026.<\/p>\n<p>Dimanche 27. D\u00e8s le r\u00e9veil nous nous remettons \u00e0 l\u2019ouvrage. Vers 8 h \u00bd notre demeure \u00e9tait termin\u00e9e. Nous d\u00e9jeunons \u00e0 10 h.<br \/>\nL\u2019 apr\u00e8s midi, nous allons faire un tour \u00e0 \u2018la Ferme Saint Hilaire\u2019 que nous trouvons enti\u00e8rement bombard\u00e9e par l\u2019ennemi. (Ferme servant de d\u00e9p\u00f4t de remonte des Chasseurs). On use de la grande pompe\u2026 De retour \u00e0 4 h , je me met \u00e0 \u00e9crire.<br \/>\nA 5 h arrive M. Escande, Lieutenant accompagnant le Commandant. Nous causons un moment ensemble.<br \/>\n(N. di. o. p. n. A.) !\u2026 ( ? code des Compagnons ? ndx)<br \/>\nD\u00eener 6 h. Les jours baissent. Nous n\u2019avons pas tir\u00e9 ni re\u00e7u d\u2019obus de la journ\u00e9e. Apr\u00e8s, une promenade d\u2019une heure dans les bois o\u00f9 nous trouvons un grand parc de ruches ; quel \u00e9levage !<br \/>\nNous nous couchons \u00e0 8 h.<\/p>\n<p>Lundi 28. R\u00e9veil 6 h . Toujours beau temps. Nous tirons quelques coups vers 8 h, l\u2019ennemi nous r\u00e9pond. A 11 h nous tirons \u00e0 nouveau, l\u2019ennemi nous r\u00e9pond aussit\u00f4t. La soir\u00e9e, j\u2019\u00e9cris encore\u2026<br \/>\nRepos \u00e0 8 h , \u00e0 11 h, grande attaque d\u2019infanterie. Tout le monde sur pied ! Nous sortons pr\u00e9cipitamment de nos refuges, l\u2019horizon para\u00eet enflamm\u00e9, la fusillade est continue.<br \/>\nLes allemands lancent quelques obus lumineux, nos canons ne bougent pas. Leurs projecteurs rendent plus impressionnantes ces minutes d\u2019angoisse, les c\u0153urs s\u2019\u00e9treignent en songeant \u00e0 la boucherie dans la nuit qui s\u2019accomplit. (Peut-\u00eatre verrons nous un 2e Mont Moret).<\/p>\n<p>Mardi 29. Minuit. La fusillade continue ; je m\u2019approche et cause avec le Capitaine. Notre entretien dure jusqu\u2019\u00e0 1 h. Nous faisons les cent pas dans l\u2019all\u00e9e qui longeait le bois. Durant notre causerie, il me dit : \u00ab Il faut nous abrutir \u00e0 la guerre jusqu\u2019\u00e0 ce que nous les aurons compl\u00e8tement an\u00e9antis. \u00bb<br \/>\nA 2 h il y a un peu d\u2019accalmie, \u00e0 2 h \u00bd nous nous recouchons.<br \/>\nDebout \u00e0 6 h. A 8 h, on nous signale une batterie ennemie \u00e0 environ 4 500 m. De Joffre la trouve, r\u00e8gle son tir. Sur une observation du lieutenant, il modifie l\u00e9g\u00e8rement et commen\u00e7ant \u00e0 4 600 m par 25 m fauch\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 4 200 m, les 4 pi\u00e8ces tirant sans arr\u00eat. Quelles salves !<br \/>\nLe tir termin\u00e9, je dis au Capitaine, car j\u2019\u00e9tais \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s d\u00e8s le d\u00e9but, : \u00ab Si chaque coup a port\u00e9, il ne doit plus rien y rester ! \u00bb Il me r\u00e9pond en souriant : \u00ab Nous les avons an\u00e9antis ou ils sont cuirass\u00e9s ! \u00bb<br \/>\nDeux minutes se passent, et un obus tombe \u00e0 30 m. Il s\u2019\u00e9crie : \u00ab Nous sommes vus, cachez-vous ! \u00bb Chacun se sauve dans sa cachette\u2026<br \/>\nNous sommes \u00e0 peine \u00e0 nos places qu\u2019une gr\u00eale de mitraille s\u2019abat exactement sur notre position, gr\u00eale qui sans arr\u00eat dure 10 mn au moins, 10 mn qui m\u2019ont dur\u00e9 1 h , 10 mn d\u2019angoisses indescriptibles durant lesquelles deux caissons, dont l\u2019un \u00e0 3 m de nous, sautaient.<br \/>\nPour la premi\u00e8re fois j\u2019avais le trac, j\u2019\u00e9tais bl\u00eame, tout tremblait autour de nous.<br \/>\nAccalmie. Je sors. Quel affreux spectacle ! Les arbres sont abattus ou d\u00e9chiquet\u00e9s. Dans cette fum\u00e9e noire, \u00e9paisse, asphyxiante, j\u2019aper\u00e7ois le Capitaine qui court comme affol\u00e9. Je vais \u00e0 son secours, Barreige arrive en m\u00eame temps. Sa figure est couverte de poussi\u00e8re. \u00ab Qu\u2019avez-vous ? \u00bb lui demandons nous.<br \/>\nIl nous r\u00e9pond avec une volont\u00e9 et un courage inou\u00ef : \u00ab Ils ne m\u2019ont crev\u00e9 qu\u2019un \u0153il, mais ils m\u2019en ont laiss\u00e9 un. Avec l\u2019autre, on pourra encore faire de la bonne besogne. \u00bb<br \/>\nIl nous prie d\u2019aller voir le Lieutenant Castel. Ce courageux est l\u00e0, \u00e9tendu dans sa tranch\u00e9e, (situ\u00e9e \u00e0 10 m de notre fosse qui a failli nous servir de tombeau !), le cr\u00e2ne enlev\u00e9, mort. J\u2019ai pleur\u00e9 !<br \/>\nTrois autres canonniers sont ensevelis dans leur tranch\u00e9e. On les d\u00e9gage rapidement. Un seul, Durand, est bless\u00e9, le Sergent Chef l\u00e9g\u00e8rement contusionn\u00e9, l\u2019autre indemne, ce sont de v\u00e9ritables rescap\u00e9s\u2026<br \/>\nNous courrons, nous allons tous, \u00e9bahis comme des \u00e9gar\u00e9s, au milieu de ces d\u00e9combres. Apr\u00e8s \u00bc d\u2019heure de cette terrible vie, nous nous ressaisissons, nous ramassons nos affaires, et Clerfeuille abat un cheval qui est aux \u00be d\u00e9chiquet\u00e9 et qui est debout quand m\u00eame. Trois autres sont \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s \u00e9tendus morts : vision lugubre.<br \/>\nNous nous dirigeons aux avants-trains cach\u00e9s dans un bois \u00e0 500 m de l\u00e0. Repos le reste de la journ\u00e9e, mais quel repos ? Quelle journ\u00e9e ?\u2026Nous couchons dans le bois sous les avants-trains. Il fait beau\u2026<\/p>\n<p>Mercredi 30. R\u00e9veil 1 h pour aller chercher les canons et les caissons abandonn\u00e9s la veille.<br \/>\nLes pi\u00e8ces de tir prennent une nouvelle position au sud de celle si malheureuse d\u2019hier. L\u2019\u00e9chelon s\u2019installe dans un grand bois 2 km au sud, o\u00f9 nous construisons une nouvelle cahute en sapin. Nous avions eu soin de porter notre carton !<br \/>\nJe pense toujours aux cruelles visions de la veille.<\/p>\n<p><strong>OCTOBRE<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019 est par Jeudi 1er que nous commen\u00e7ons le 3e mois de la guerre. Nous r\u00e9serve-t-il une victoire et des jours moins p\u00e9nibles que Septembre ? Tout croyant prie pour cela.<br \/>\nRien de particulier \u00e0 signaler de la journ\u00e9e.<\/p>\n<p>Vendredi 2. Que de tristes souvenirs nous rappellent ces 2 !\u2026 Aujourd\u2019hui, pour m\u2019en \u00e9carter un peu la pens\u00e9e, par une co\u00efncidence rare, je re\u00e7ois diverses lettres de ma Jeannette qui me r\u00e9confortent.<br \/>\nRien de particulier.<\/p>\n<p>Samedi 3 . R\u00e9veil 6 h. Il y a de la gel\u00e9e blanche. Il a fait froid. Heureusement, nous ne nous en apercevons qu\u2019\u00e0 notre r\u00e9veil, autrement dit, nous avons bien dormi.<br \/>\nA 10 h arrivent des chevaux du 49e (Poitiers). Un Sous officier ach\u00e8te un k\u00e9pi d\u2019alboche 20 frs et quelques autres souvenirs de guerre qu\u2019il paye fort cher.<br \/>\nLe soi, avec Audoin, nous allons visiter et veiller avec le 2e groupe. Bonne veill\u00e9e, grand feu.<\/p>\n<p>Dimanche 4. A 7 h nous changeons de position. Nous venons nous installer dans un bois plus touffu \u00e0 500 m et \u00e0 100 m des positions que nous avions prises le 18 Septembre. Comme le 18 Septembre, le Lieutenant Nicoleau nous conseille de faire de solides cachettes !\u2026 Que se pr\u00e9pare-t-il ? L\u2019avenir nous l\u2019apprendra\u2026<br \/>\nD\u00e8s notre arriv\u00e9e vers 8 h, nous nous mettons courageusement \u00e0 l\u2019ouvrage. Apr\u00e8s d\u00e9jeuner, vers 11 h, nous allons rendre visite \u00e0 Clerfeuille au Fort Saint Hilaire o\u00f9 nous prenons un bon verre de B\u00e9n\u00e9dictine, et le soir, nous terminons notre royal\u2026ch\u00e2teau.<br \/>\nJamais depuis le 6 Ao\u00fbt nous ne nous sommes si bien abrit\u00e9s !<\/p>\n<p>Lundi 5. Je me d\u00e9cide \u00e0 apprendre \u00e0 monter \u00e0 cheval. Ecole de 9 h \u00e0 10 h. Le soir, chasse.<\/p>\n<p>Mardi 6. Rien d\u2019anormal. La batterie tire quelques coups de canon.<br \/>\nJe fais le croquis de notre demeure que j\u2019adresse \u00e0 ma fianc\u00e9e et \u00e0 Vedrenne.<\/p>\n<p>Mercredi 7. Je vais \u00e0 cheval aux baraquements de Mourmelon o\u00f9 le 326e se trouve au repos venant des tranch\u00e9es.<br \/>\nJ\u2019y rencontre Romain, Treuil, Buissonie, Breuil, Sage, Gibert, ainsi que quelques autres Brivistes. Belle matin\u00e9e. Le soir \u00e0 Mourmelon.<\/p>\n<p>Jeudi 8. Retour aux baraquements. Je croise Roche, Barethie, Gounet.<br \/>\nLe centre ne bouge plus.<\/p>\n<p>Vendredi 9. Nous venions \u00e0 peine de terminer un magnifique parterre devant notre logis, que , vers 10 h, arrive un Brigadier de la 2e batterie, nous chercher pour aider \u00e0 soigner les bless\u00e9s de sa batterie.<br \/>\nNous courrons et nous trouvons 6 bless\u00e9s dont trois gri\u00e8vement, 12 chevaux bless\u00e9s.<br \/>\nUne heure apr\u00e8s, un obus tombe dans une tranch\u00e9e, y met deux Mar\u00e9chaux des Logis en bouillie\u2026<br \/>\nLe soir, une carte d\u2019 Antonin m\u2019apprend qu\u2019il sera peut-\u00eatre au camp sous peu, qu\u2019il sera probablement d\u00e9sign\u00e9 pour accompagner un wagon de munitions. Quelle surprise !<\/p>\n<p>Samedi 10. Je vais \u00e0 Chalons \u00e0 11 h, nous d\u00e9jeunons \u00e0 l\u2019 \u2018H\u00f4tel du Commerce\u2019, m\u00eame foie qu\u2019il y a 20 jours \u00e0 Mourmelon !<br \/>\nNous faisons quelques emplette, \u00e0 6 h retour au camp.<br \/>\nBonne journ\u00e9e, j\u2019ai v\u00e9cu.<\/p>\n<p>Dimanche 11. R\u00e9veil 6 h \u00bd. Apr\u00e8s ma toilette, je me met imm\u00e9diatement \u00e0 \u00e9crire. A 9 h, surprise ! Fran\u00e7ois arrive en v\u00e9lo m\u2019annoncer qu\u2019 Antonin m\u2019attend \u00e0 Mourmelon. (D\u00e9tail : je cachetais sa lettre !) Quel saut ! Je fais seller un cheval et galope \u00e0 sa rencontre. Quelle minute !\u2026<br \/>\nIl vient d\u00e9jeuner avec nous au camp. A midi nous allons au Fort en compagnie d\u2019 Audoin voir Clerfeuille et boire une bonne \u2018B\u00e9n\u00e9dictine\u2019. Hasard : Romain vient nous y trouver. Retour au camp \u00e0 4 h.<br \/>\nA 5 h nous \u00e9tions aux cantonnements du 326e o\u00f9 nous rencontrons Breuil. Tous trois nous accompagnons Antonin jusqu\u2019\u00e0 la Pyramide o\u00f9 une fourrag\u00e8re l\u2019emm\u00e8ne \u00e0 Bouy\u2026<br \/>\nQuelle inoubliable journ\u00e9e, impossible \u00e0 d\u00e9crire !<\/p>\n<p>Du Lundi 12 au Samedi 17 rien de trop saillant \u00e0 signaler. Les matins je suis all\u00e9 de temps \u00e0 autre en promenade \u2018au vin\u2019, c\u2019est une v\u00e9ritable semaine de philosophe qui vient de s\u2019\u00e9couler\u2026<br \/>\nSauf quelques soir\u00e9es, ainsi que pendant la semaine pr\u00e9c\u00e9dente, o\u00f9 de bruyantes attaques de nuit de 8 h \u00e0 10 h, de 11 h \u00e0 12 h, ou de minuit \u00e0 3 h, nous ont fait lever.<br \/>\nTh\u00e9ophile Chabut arrive du d\u00e9p\u00f4t.<\/p>\n<p>Dimanche 18. Nous allons d\u00e9jeuner \u00e0 Mourmelon.<\/p>\n<p>Du Lundi 19 au Vendredi 23. Aucun fait marquant. Quelques nouvelles attaques de nuit.<br \/>\nLe froid commence \u00e0 se faire sentir. A noter une promenade quotidienne de 6 h \u00bd \u00e0 8 h du soir quant il ne pleut pas.<br \/>\nA 4 h \u00bd, corv\u00e9es \u00e0 Mourmelon : Vin, pain, liqueurs.<\/p>\n<p>Samedi 24. Les fantassins partent. Le bruit court que nous allons les suivre. O\u00f9 ? Myst\u00e8re !\u2026<br \/>\nLe soir, nous terminons avec Clerfeuille, Avril et Ponthier la semaine par un bon d\u00eener chez Mr Barat, p\u00e2tissier. Retour au camp \u00e0 11 h. La pluie qui nous accompagnait au d\u00e9but s\u2019arr\u00eate \u00e0 mi-chemin. Nous en profitons pour bien sceller une fraternit\u00e9 de guerriers intimes par un serment !\u2026<\/p>\n<p>Dimanche 25. Pr\u00e9paratifs tout le jour, on d\u00e9loge.<br \/>\nA 11 h du soir, d\u00e9part. Arriv\u00e9e<\/p>\n<p>Lundi 26. \u00e0 3 h du matin dans un magnifique bois de pins aux environs de Sept-Saulx (300 h) o\u00f9 j\u2019apprend officiellement qu\u2019 Antonin est \u00e0 Brive !\u2026<br \/>\nL\u00e0 encore, toujours avec le carton, nous faisons une convenable demeure.<br \/>\nLe soir, Emile Pestourie (il couche avec nous) vient s\u2019installer avec des canons de 90 \u00e0 150 m de nous. Quelle joie !<\/p>\n<p>Mardi 27. R\u00e9veil 6 h. il a plu toute la nuit, mais gr\u00e2ce \u00e0 notre belle cachette, toujours couverte en carton, nous ne l\u2019avons point sentie.<br \/>\nVers 4 h du soir, un avion allemand vient sur nos positions. Un avion fran\u00e7ais arrive \u00e0 l\u2019horizon pour le chasser. Au lieu de se sauver, l\u2019avion allemand se dirige sur l\u2019avion fran\u00e7ais d\u00e8s que celui-ci para\u00eet \u00eatre \u00e0 3 km du 1er . Quel choc dans les airs ?\u2026 Quelle \u00e9motion !\u2026<br \/>\nMais, arriv\u00e9 \u00e0 1 km (\u00e0 vue d\u2019\u0153il) l\u2019un de l\u2019autre, l\u2019avion ennemi tourne \u00e0 gauche et fuit.<br \/>\nA 6 h je vois Peyrebrune qui me raconte le beau geste de Dulmet : Mar\u00e9chal des logis, agent de liaison du 34e et 126e , en compagnie de 10 volontaires, ont port\u00e9 1 kg 700 chacun de m\u00e9linite (explosifs ndx) dans les tranch\u00e9es allemandes.<\/p>\n<p>Mercredi 28. Bonne matin\u00e9e. Je re\u00e7ois le passe-montagne que m\u2019a confectionn\u00e9 Jeanne.<br \/>\nLe soir, beau temps. Je fais collation en compagnie de Fran\u00e7ois Peyrebrune et Emile Pestourie sous un pin pr\u00e8s de la cachette.<\/p>\n<p>Jeudi 29. Je re\u00e7ois des friandises d\u2019 Antonin. Je fais quelques lettres.<\/p>\n<p>Vendredi 30. R\u00e9veill\u00e9 par la canonnade. Salve d\u2019artillerie sans arr\u00eat jusqu\u2019\u00e0 5 h du soir.<br \/>\nA midi, je vais en compagnie de T. Chabut, Pestourie, voir Sipanis \u00e0 une batterie de 90 \u00e0 2 km de la notre.<br \/>\nLe soir, \u00e0 Sept-Saulx, comme ap\u00e9ritif, je bois avec Fran\u00e7ois et Clerfeuille un bol de lait\u2026<\/p>\n<p>Samedi 31. Veille de Toussaint. R\u00e9veil 6 h. D\u00e9jeuner comme depuis Mardi au chocolat au lait.<br \/>\nJe vais faire \u00e0 cheval quelques emplettes aux Petites Loges \u00e0 2 km 500 du cantonnement. D\u00e8s mon retour, je met ce carnet \u00e0 jour. J\u2019\u00e9cris quelques lettres.<br \/>\nA 8 h du soir, nous buvons une bouteille de champagne en l\u2019honneur d\u2019 Octobre qui nous a manifest\u00e9 une assez grande sympathie ! Emile Pestourie, Chanat, Migoin sont de la partie.<br \/>\nJ\u2019ai re\u00e7u ce matin la carte n\u00b0 24 de Jeanne.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Note de Xavier = (ndx):\u00a0 Pour expliquer, pr\u00e9ciser, \u00e9mettre une hypoth\u00e8se ou carr\u00e9ment dire mon incompr\u00e9hension \u2026\u2026\u2026\u2026\u2026.. 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